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Les technologies de l’information et de la communication (TIC)
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Les technologies de l’information et de la communication (TIC), en particulier les téléphones mobiles, peuvent jouer un rôle important dans le développement sous deux aspects. Premièrement, ces outils peuvent augmenter l’accès des populations rurales aux opportunités d’information et de renforcement des capacités, ce qui peut améliorer la productivité agricole, l’accès au marché, l’accès aux outils financiers ainsi que les résultats en matière de santé et de nutrition. Deuxièmement, les TIC peuvent aider les décideurs politiques et les chercheurs à recueillir des informations en temps réel sur les problèmes et les opportunités rencontrés par les populations rurales, ce qui permettra d’améliorer l’élaboration des politiques et la conception des interventions. Alors que l’utilisation de la technologie des téléphones mobiles a considérablement augmenté dans les régions en développement au cours des deux dernières décennies, le taux de pénétration des téléphones mobiles varie encore entre les pays et entre les populations rurales et urbaines des pays (Torero, 2014). Par exemple, le Rapport sur la Politique Alimentaire Mondiale de 2013 a révélé que les taux de pénétration de la téléphonie mobile au Brésil étaient de 53,2 pour cent dans les zones rurales et de 83,3 pour cent dans les zones urbaines ; au Malawi, ces chiffres étaient de 32,2 pour cent et 72,7 pour cent ; alors qu’en Inde, ils étaient de 51,2 pour cent et 76 pour cent. Au Ghana, la pénétration de la téléphonie mobile en milieu rural n’a atteint que 29,6 pour cent, avec une pénétration de 63,5 pour cent dans les zones urbaines (Torero, 2014).

La liste suivante fournit des recommandations spécifiques concernant les bonnes pratiques d’utilisation des TIC dans l’agriculture des pays en développement, sur la base des recherches les plus récentes et les plus pertinentes.

Accès à l’information

  • Assurer que le contenu fourni via les interventions de TIC est pertinent pour les agriculteurs qui le reçoivent. Cole and Fernando (2014) ont réalisé une évaluation d’impact du programme Avaaj Otalo auprès des producteurs de coton du Gujarat, en Inde. Ce système utilisait des messages vocaux pour à la fois présenter (en fournissant des informations hebdomadaires sur les conditions météorologiques et l’état des cultures) et extraire (à travers une ligne directe permettant aux utilisateurs de demander des conseils spécifiques) du contenu. Les appels des agriculteurs à la ligne directe ont été traités par des agronomes et ont obtenu une réponse via un message vocal. Les résultats préliminaires de l’évaluation ont suggéré que les ménages participant au programme Avaaj Otalo adoptaient des pesticides plus sûrs et étaient plus susceptibles de cultiver du cumin, une culture commerciale de grande valeur. Ces résultats suggèrent que le contenu fourni par les messages vocaux – ciblé et adapté aux conditions météorologiques locales – était utile aux agriculteurs et donc plus susceptible d’être pris en considération.
  • Tenir compte des contextes locaux, des traditions et des langues. Le programme Digital Green utilise des vidéos de formation enregistrées dans les langues locales afin de fournir des services de vulgarisation aux agriculteurs. Rose (2016) a constaté que le modèle de Digital Green a conduit à des taux élevés d’adoption de pratiques agricoles améliorées et que le succès du programme est dû en grande partie à l’intervention des agriculteurs locaux dans ses vidéos ; les résultats suggèrent que les agriculteurs semblent faire davantage confiance à leurs pairs qu’à des experts extérieurs. Le programme a débuté en Inde et s’est étendu à l’Éthiopie, avec des programmes pilotes explorés au Ghana, au Mozambique et en Tanzanie. Van Campenhout et al. (2017) offrent un exemple similaire à partir d’un projet en Ouganda. Ce projet a utilisé des vidéos mettant en vedette un fermier local qui proposait des formations et fournissait des informations sur l’utilisation des pratiques améliorées de sélection, de manipulation et d’entreposage des semences de pommes de terre. Les vidéos ont été diffusées sur tablette mobile et incluaient un petit questionnaire pour s’assurer que les agriculteurs avaient compris le contenu. Les auteurs ont constaté que la visualisation des vidéos augmentait considérablement les connaissances des agriculteurs sur les pratiques agricoles. En outre, il est intéressant de noter que les agriculteurs qui ont visionné les vidéos ont également semblé traiter plus activement les informations fournies et les appliquer dans des contextes différents de ceux indiqués spécifiquement dans les vidéos. Ces deux projets prouvent que les interventions de TIC doivent tenir compte des contextes locaux (y compris la langue, les traditions et les classes d’âge) et veiller à ce que les agriculteurs se sentent impliqués et connectés à un programme afin d’encourager l’adhésion locale.
  • S’engager activement avec les bénéficiaires cibles. Cole et Fernando (2014) ont également montré les avantages d’un dialogue avec les participants au programme par rapport à la simple diffusion d’information à sens unique. Dans une étude de cas d’un programme au Kenya, Langat (2017) a montré que lorsque l’on donne aux producteurs la possibilité d’exprimer leurs besoins cela peut aboutir à des résultats significatifs. Dans le cadre de ce projet dirigé par le DFID, les comités locaux de planification du changement climatique travaillent directement avec les producteurs pour établir des stratégies d’adaptation au changement climatique. Dans un quartier, une coopérative de femmes a exprimé un besoin d’informations météorologiques détaillées et fiables afin de pouvoir planifier le moment de sécher leurs produits. Cette demande a conduit à un accord avec le Service Météorologique du Kenya consistant à envoyer quotidiennement des prévisions météorologiques localisées aux membres des coopératives via leurs téléphones mobiles. Selon Langat (2017), grâce à ce service, les femmes ont réussi à réduire les pertes de récoltes.
  • Offrir des services mais aussi des informations. Il a également été démontré que les TIC améliorent l’accès aux outils financiers importants tels que les outils d’épargne et le crédit. M-Pesa est un de ces outils utilisés en Afrique de l’Est ; ce service permet aux abonnés de la téléphonie mobile de transférer de l’argent par SMS. Ouma, Odongo, et Were (2017) ont constaté que ce service a considérablement augmenté l’accès des ruraux aux services financiers et a augmenté les possibilités d’épargne des ménages ainsi que la quantité d’argent épargné.

Collecte d’informations

  • Améliorer la collecte de données (et la capacité de recherche locale) grâce à l’utilisation des TIC. Selon la Banque Mondiale [World Bank (2016)], la réalisation d’enquêtes auprès des ménages avec l’aide des téléphones mobiles peut faciliter et sécuriser la collecte de données dans des zones reculées ou instables. De plus, les téléphones mobiles peuvent accélérer la collecte de données, ce qui permet aux chercheurs et aux décideurs politiques de répondre à des besoins nouveaux ou urgents en termes de données, tels que la nécessité de réagir à un choc météorologique ou à d’autres catastrophes. Les données peuvent également être collectées plus fréquemment avec les technologies mobiles, ce qui améliore la robustesse et la rapidité des données utilisées pour élaborer des politiques importantes. Enfin, l’utilisation de la technologie mobile peut rendre la collecte de données plus rentable.

Le projet Picture-based Crop Insurance (PBI) de l’IFPRI utilise également les données collectées par les smartphones des agriculteurs pour fournir une assurance récolte abordable et accessible. Cette intervention permet aux agriculteurs de prendre et de télécharger des photos de leurs cultures à l’aide de leurs smartphones ; les agronomes locaux analysent ensuite les images pour vérifier les pertes de récolte. Le projet vise à minimiser le coût de la vérification des pertes de récolte, ce qui contribuera à réduire le coût de l’assurance-récolte et à le rendre plus accessible aux petits exploitants agricoles situés dans des zones éloignées.

  • Investir dans de nouvelles technologies de collecte de données. Ces dernières années, les images satellites et les technologies de télédétection se sont imposées progressivement en tant qu’outils de collecte de données sur les rendements et les productions agricoles, les conditions météorologiques et les conditions agroécologiques. Selon le Dr Benjamin Addom du CTA, ces technologies peuvent fournir des données d’emplacement spécifiques qui peuvent aider les décideurs politiques et les organisations internationales à concevoir des interventions et des politiques qui répondent aux besoins spécifiques de chaque zone. Addom insiste également sur la nécessité de combiner ces nouvelles technologies avec d’autres outils tels que les détecteurs de sol et les capteurs d’humidité afin d’augmenter la valeur des données collectées et des services fournis aux agriculteurs.

Gestion des contraintes

  • Envisager des subventions et autres politiques pour augmenter l’accessibilité des TIC. Dans un récent dialogue virtuel organisé par le Portail de la Sécurité Alimentaire de l’Afrique Sub-Saharienne (PSA – ASS) sur l’utilisation des TIC dans l’agriculture africaine, le Dr. Mercyline Kamande de l’Université du Mont Kenya a discuté des accordées aux services Internet. Selon Kamande, l’adoption des TIC a augmenté au Rwanda et au Kenya après la création de subventions gouvernementales pour les services Internet, ainsi que l’établissement d’exonérations fiscales pour le matériel informatique tel que les téléphones mobiles. Ces politiques peuvent aider à réduire le coût initial des TIC, rendant ainsi les technologies plus abordables et plus accessibles à une plus grande partie de la population.
  • Adopter et appliquer des règlements pour permettre une concurrence équitable et réduire les coûts. Torero (2014) suggère que le manque de concurrence entre les fournisseurs de services, ou le manque de réglementation gouvernementale, peuvent jouer un rôle dans le coût élevé des services mobiles de certains pays. Les décideurs politiques devraient se concentrer sur le renforcement et l’application des réglementations afin d’encourager une saine concurrence entre les fournisseurs de TIC du secteur privé et d’assurer aux fournisseurs de TIC un accès aux infrastructures informatiques à un prix raisonnable.
  • Encourager les partenariats public-privé, ainsi que les partenariats avec les acteurs de la société civile. Dans le dialogue virtuel du PSA - ASS, le Dr Addom du CTA a souligné la nécessité d’un effort coordonné entre les diverses parties prenantes, y compris les gouvernements, les donateurs et les acteurs du secteur privé. Ces partenariats peuvent stimuler l’innovation et répartir les risques et les coûts de développement des TIC entre les parties prenantes, réduisant ainsi le fardeau pour les gouvernements et pour les agriculteurs eux-mêmes. Par exemple, la base de données Apps4Ag du CTA met en relation des investisseurs et des entrepreneurs qui développent de nouvelles applications de TIC ; la base de données aide également les décideurs et les partenaires au développement à se familiariser avec les projets et les technologies utilisés dans certains domaines afin d’intégrer ces technologies dans leurs interventions.

Références

Cole, Shawn A. and A. Nilesh Fernando. 2014. “The value of advice: Evidence from the adoption of agricultural practices.” Harvard University Working Paper. Cambridge, MA: Harvard University. http://scholar.harvard.edu/files/nileshf/files/ao_paper.pdf

Langat, A. 2017. Kenya’s bottom-up approach to adaptation. In Unjust burden: How smallholder farmers in Africa are adapting to climate change to improve their food security (pp. 92-95). Kenya: IRIN.

Ouma, S. A., T. M. Odongo, and M. Were. 2017. “Mobile financial services and financial inclusion: Is it a boon for savings mobilization?” Review of Development Finance 7(1): 29-35. https://doi.org/10.1016/j.rdf.2017.01.001

Rose, G. (ed.). 2016. “African farmers in the digital age: Overcoming isolation, speeding up change, and taking success to scale.” Foreign Affairs special issue. https://www.foreignaffairs.com/sponsor-anthology/african-farmers-digital-age

Torero, Máximo. 2014. “Information and communication technologies: Farmers, markets, and the power of connectivity.” In 2013 Global food policy report. Eds. Marble, Andrew and Fritschel, Heidi. Chapter 6 Pp. 63-74. Washington, D.C.: International Food Policy Research Institute (IFPRI). http://ebrary.ifpri.org/cdm/ref/collection/p15738coll2/id/128049

 Van Campenhout B., S. Vandevelde, W. Walukano, and P. Van Asten. 2017. “Agricultural Extension Messages Using Video on Portable Devices Increased Knowledge about Seed Selection, Storage and Handling among Smallholder Potato Farmers in Southwestern Uganda.” PLoS ONE 12(1): e0169557. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0169557

World Bank. 2016. Mobile Phone Panel Surveys in Developing Countries: A Practical Guide for Microdata Collection. Washington DC: World Bank. https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/24595

Autres lectures et ressources

Photo credit:Bioversity International/J.van de Gevel