L’Afrique peut-elle se nourrir elle-même ?
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La demande de céréales en Afrique sub-saharienne pourrait tripler d’ici 2050 et l’augmentation des rendements actuels des terres agricoles de la région pourrait ne pas suffire pour répondre à cette demande, selon un nouveau document de la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences.

L’étude se penche sur cinq principales céréales de base (le maïs, le mil, le riz, le sorgho et le blé) dans dix pays d’Afrique sub-saharienne (Burkina Faso, Ghana, Mali, Niger, Nigéria, Ethiopie, Kenya, Tanzanie, Ouganda et Zambie). Ces céréales constituent approximativement 50 pour cent de l’apport calorique total et de la superficie cultivée de la région. Le document vise à déterminer si l’autosuffisance peut être atteinte avec ces cultures d’ici 2050 et si cet objectif peut être atteint en utilisant uniquement les surfaces cultivées ou s’il faudra également une expansion des surfaces cultivées et une augmentation des importations.

Le décalage entre la croissance de la population et la croissance du rendement est particulièrement préoccupant. Au cours des dix dernières années, les rendements des céréales ont augmenté plus lentement que la population dans tous les pays de l’étude, à l’exception de l’Ethiopie et de la Zambie. Pendant la même période, la surface totale cultivée a augmenté de 14 pour cent ; une grande partie de cette augmentation a été réalisée en Ethiopie et en Tanzanie et provient de la déforestation, de la conversion  des pâturages marginaux et de la remise en culture des terres précédemment abandonnées. Dans les 10 pays de l’étude, la population devrait doubler, voire quadrupler, d’ici 2050, augmentant ainsi la demande en céréales de 335 pour cent. Au Niger et en Zambie, la demande devrait augmenter de 50 pour cent.  

Les auteurs ont montré que les rendements des céréales devront augmenter de 80 pour cent de leur potentiel (défini comme les rendements qui pourraient être atteints avec une croissance sans contraintes et une gestion parfaite) afin de maintenir les niveaux actuels d’autosuffisance en 2050. Si les rendements actuels des céréales continuent jusqu’en 2050, les pays de l’étude devront augmenter leurs surfaces cultivées de 97 millions d’hectares supplémentaires (185 pour cent) pour répondre à la croissance de la demande en céréales ; une telle expansion des terres cultivées apportera avec elle plus d’émissions de gaz à effet de serre et une perte de la biodiversité. De plus, sept des dix pays étudiés n’ont même pas assez de terres cultivables pour atteindre le niveau d’expansion nécessaire pour l’autosuffisance en céréales dans un contexte d’augmentation des demandes d’ici 2050.

Ainsi, même avec des rendements supérieurs en céréales et l’expansion des terres agricoles, de nombreux pays devront tout de même augmenter leurs importations de produits alimentaires pour répondre aux besoins internes en céréales et assurer la sécurité alimentaire. L’augmentation des importations apporte toutefois avec elle un autre lot de défis, étant donné que de nombreux pays en développement qui disposent de faibles revenus ne disposent ni des réserves de change pour payer les importations alimentaires nécessaires ni des infrastructures nationales pour stocker efficacement et distribuer les aliments importés.

Plutôt que de s’appuyer uniquement sur l’expansion des surfaces cultivées et l’augmentation des importations, les auteurs suggèrent d’augmenter également l’intensité des cultures (le nombre de cultures cultivées tous les 12 mois sur le même champ) et d’étendre les zones irriguées. Ces stratégies se présentent comme des options plus durables et plus écologiques et pourraient aider à augmenter la  production de céréales et à réduire la dépendance aux importations. Cependant, les auteurs soulignent également que toutes les régions ne peuvent pas appliquer ces options de manière durable ; les conditions économiques et environnementales de chaque pays doivent être analysées afin de déterminer si les expansions de l’irrigation et de l’intensification des cultures présentent un potentiel à long terme.

L’étude souligne également qu’au-delà des conditions agro-écologiques, de nombreux facteurs socio-économiques et institutionnels jouent également un rôle dans l’augmentation de la production agricole. Une augmentation de l’investissement dans la recherche agricole et le développement sera nécessaire de la part des secteurs public et privé, en particulier en ce qui concerne les moyens d’augmenter les rendements agricoles tout en protégeant les ressources naturelles et la qualité de l’environnement (comme la santé des sols). De plus, les politiques gouvernementales et les budgets doivent soutenir l’amélioration des infrastructures de transport et de communication, les infrastructures de marché, les services de crédit et d’assurance, et le droit foncier.

Consultez ici le communiqué de presse donné par les auteurs de l’étude. 

Photo credit:Curt Carnemark / World Bank