Les TIC dans l’agriculture africaine
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Au cours de la dernière décennie, l’ampleur et l’accès aux technologies de l’information et de la communication (TIC) – y compris les téléphones mobiles, la communication audio-visuelle, les technologies numériques et les services Internet – ont énormément progressé en Afrique sub-saharienne. Les avantages potentiels des TIC pour le secteur agricole de la région et ses ménages agricoles pauvres sont d’autant plus importants que l’Afrique sub-saharienne possède les plus faibles taux de productivité agricole et les taux les plus élevés de malnutrition dans le monde.

Un  rapport récent de la FAO note que l’augmentation de l’accès et de l’utilisation des TIC peut profiter aux petits agriculteurs et aux communautés agricoles : en facilitant l’accès à des informations pertinentes en nutrition et à des informations adéquates en agriculture ; en augmentant l’accès aux services financiers pour les communautés rurales ; en augmentant l’accès à l’assurance et aux autres outils permettant de mieux gérer les risques ; et en fournissant de nouvelles opportunités d’affaires dans les zones rurales. Un certain nombre d’études de cas dans la littérature illustre également le potentiel des TIC pour soutenir les petits exploitants en Afrique sub-saharienne. Une étude récente parue dans World Development montre que le marché des TIC a exercé un impact significativement positif sur l’utilisation des intrants, sur la productivité du travail et des terres au Kenya. De même, une étude parue dans le magazine Review of Development Finance montre que m-Pesa, un service qui permet aux abonnés des réseaux mobiles de transférer de l’argent via des messages textes, a augmenté de manière significative l’accès des populations rurales aux services financiers en Afrique de l’Est.

Les plateformes TIC peuvent fournir des informations sur les prix du marché pour aider les petits exploitants agricoles à commercialiser leurs produits. Par exemple, Mfarm au Kenya et Agro-hub au Cameroun fournissent aux petits exploitants agricoles des informations sur les prix du marché local et leur permet de contacter directement des acheteurs potentiels via SMS ou via une application mobile. Ces plateformes permettent aussi aux petits exploitants agricoles de vendre leurs produits en groupes, ce qui les aide à surmonter les défis associés aux faibles volumes de vente. Farmbook (actuellement disponible au Malawi, en Zambie, au Zimbabwe et à Madagascar) aide les agents de vulgarisation agricole à travailler avec les agriculteurs (planifier leurs entreprises agricoles et évaluer leur productivité et leur profitabilité). Le système forme également des agents de terrain à être de meilleurs conseillers commerciaux et permet aux agents de terrain isolés de partager des données avec les gestionnaires de projet.

Les TIC ont également le potentiel d’améliorer la qualité des services de vulgarisation et des services de soutien agricole du gouvernement. En 2016, le gouvernement kenyan a lancé le Programme National d’Assurance Agricole qui utilise les technologies mobiles et le GPS pour fournir une assurance agricole aux petits agriculteurs. Ce système d’assurance, ainsi que d’autres en développement à travers l’Afrique, pourraient renforcer la résilience des petits exploitants face aux chocs de production.

Augmenter la résilience face aux chocs, c’est aussi l’objectif des plateformes qui localisent les prévisions météorologiques via messages SMS et applications mobiles. Le programme Mfarms (qui fonctionne au Ghana, au Kenya, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Malawi) a travaillé en coopération avec la NASA pour publier une application qui fournit aux petits exploitants une mise à jour des données météorologiques par satellite et des outils météorologiques basés sur des données probantes pour la production agricole.

Le développement et l’adoption progressive des TIC en Afrique sub-saharienne entraînent aussi des résultats positifs dans les domaines des régimes alimentaires, de la nutrition et de la santé. Par exemple, en Ouganda, les technologies des TIC sont utilisées pour cartographier des postes de santé (à travers HiMap) dans les zones rurales et connecter ces postes de santé aux fournisseurs lorsque les fournitures médicales s’épuisent. Au Bénin, une application a été développée à travers CommCare (une plateforme de données mobiles open source) qui facilite et renforce les interactions entre les travailleurs de la santé et les clients.

Il existe un certain nombre de plateformes de partage des connaissances et des informations sur les technologies des TIC – y compris la e-agriculture community, une plateforme numérique d’échange d’informations, d’idées et de ressources liées à l’utilisation des TIC, pour un développement agricole et rural durable. Le Programme Plantwise , dirigé par CABI, joue le rôle d’une base de données sur la santé des plantes qui fournit des informations, des ressources diagnostiques, des conseils sur la lutte antiparasitaire, des analyses des données et un accès aux cliniques et aux experts en plantes.

D’autres initiatives TIC se concentrent sur la fourniture d’informations spécifiques au contexte des zones rurales. Par exemple, Digital Green travaille dans quatre pays en Afrique sub-saharienne : disséminant les connaissances sur l’amélioration des pratiques agricoles, des moyens de subsistance, de la santé et de la nutrition ; utilisant des vidéos produites localement et des conseils professionnels. L’initiative Farmradio (actuellement en cours au Ghana, en Ethiopie et en Tanzanie) fournit aux petits exploitants des informations agricoles et des services de vulgarisation à travers les services de radio. Cette approche sur les informations spécifiques au contexte est particulièrement importante. Une étude  récente sur les facteurs sociaux qui influencent l’utilisation des TIC dans la vulgarisation agricole (farmbook) en Afrique australe a montré que les facteurs socio-économiques spécifiques (y compris le genre, l’âge, le niveau d’instruction et l’accès à Internet) ont tous un impact sur le taux d’adoption et l’efficacité des services de vulgarisation des TIC. Ces conclusions illustrent l’importance de développer des TIC spécifiques au contexte tout en tenant compte des préférences des utilisateurs et des facteurs socio-économiques et climatiques pertinents.

Malgré le potentiel généralisé des TIC pour soutenir les petits exploitants et améliorer les résultats en nutrition, il reste un certain nombre d’obstacles à l’adoption efficace et à la mise à niveau des TIC dans le secteur agricole. Les TIC efficaces, en particulier pour les petits exploitants, doivent être basées sur de grandes quantités de données précises et facilement accessibles (à la fois par les producteurs et par les consommateurs) ; cependant, un large pourcentage de données agricoles pertinentes demeure inaccessible. Une publication récente de CTA souligne que l’ouverture de nombreux flux de données (y compris les données sur les préférences des producteurs, sur les satellites météorologiques et sur les conditions du sol) sera nécessaire pour améliorer la compréhension des défis spécifiques au contexte auxquels sont confrontés les petits producteurs et pour élaborer de meilleures interventions agricoles. Le rapport soutient également que la publication de ces grandes quantités de données encouragera la coopération et la collaboration entre divers intervenants, bénéficiera aux agriculteurs, fournira des outils basés sur des preuves pour les entreprises et les décideurs politiques et améliorera la santé des consommateurs.

Un autre document récent souligne qu’il existe encore une fracture numérique à travers et à l’intérieur des pays, en particulier en Afrique sub-saharienne. Par exemple, les agriculteurs en Ethiopie rurale ont cinq fois moins de chance d’accéder à un téléphone mobile que les personnes vivant dans les zones urbaines. D’où un besoin significatif en termes d’investissements, d’infrastructures et de politiques appropriées pour soutenir la connectivité dans les zones rurales. Le document stipule également que les TIC et autres technologies ne suffiront pas à résoudre les défis de l’agriculture et de la nutrition ; elles doivent être soutenues par des investissements traditionnels dans d’autres secteurs, entre autres, l’infrastructure, la santé et l’éducation. 

Photo credit:IICD