Le rôle du genre dans la sécurité alimentaire de Malawi
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Les chercheurs et les décideurs politiques sont de plus en plus conscients du rôle du genre dans la sécurité alimentaire des pays en développement. Un nouveau document de travail de l’IFPRI examine longuement sur les implications du rôle du genre dans la sécurité alimentaire des ménages au Malawi et montre que l’amélioration de l’accès conjoint – c-à-d l’accès des hommes et des femmes – aux informations agricoles et nutritionnelles et à la formation peut être un important moteur de l’amélioration de la sécurité alimentaire des ménages.

Malgré la récente croissance économique et les améliorations connexes des indicateurs nationaux de sécurité alimentaire, le Malawi reste confronté à la pauvreté, à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition. Ces défis proviennent d’un certain nombre de sources : faible productivité des terres, intrants agricoles inadéquats et schémas de pluviométrie changeants, pour ne citer que quelques-uns. Pour résoudre ces problèmes persistants, le Ministère de l’Agriculture, de l’Irrigation et du Développement de l’Eau a demandé une série d’études sur les services de diffusion des informations agricoles du pays afin de fournir des recommandations permettant de renforcer les contributions de ces services à la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Le dernier document de l’IFPRI sur le sujet se penche sur la question de savoir si le ciblage du genre pour les services de diffusion d’informations agricoles et nutritionnelles peut augmenter la portée et l’impact de ces services.

Les auteurs utilisent un échantillon de ménages composés d’hommes et de femmes adultes, des ménages comportant uniquement des hommes adultes, et des ménages comportant uniquement des femmes adultes – en lieu et place de la méthode qui oppose des ménages dirigés par des femmes à des ménages dirigés par des hommes – ce qui permet un examen plus approfondi du rôle que les hommes et les femmes jouent, séparément et conjointement, dans la sécurité alimentaire des ménages. L’étude utilise aussi une approche de méthodes mixtes, en s’appuyant sur les données quantitatives et sur les données qualitatives provenant des 3.001 ménages pour mieux comprendre le genre et les dynamiques internes des ménages en ce qui concerne l’accès à l’information et l’impact de cette information sur la sécurité alimentaire. La base de données des ménages a été divisée en 6.282 parcelles, dont 43 pour cent sont conjointement gérées par des femmes et des hommes, 22 pour cent sont gérées uniquement par des femmes, et 34 pour cent sont gérées uniquement par des hommes. Le maïs est la culture dominante dans la zone de l’étude, plantée sur 67 pour cent des parcelles, soit en monoculture soit en cultures alternées.

Les auteurs soulignent que la relation entre le genre et la sécurité alimentaire est complexe, il est donc important de commencer avec une compréhension basique des différents chemins d’impact qui mènent à la sécurité alimentaire des ménages. La Figure ci-dessous (tirée du Document de travail de l’IFPRI) illustre les chemins d’impact identifiés dans l’étude.

 

Figure 1 : Chemins d’impact propres à chaque sexe de l’agriculture à la sécurité alimentaire et nutritionnelle

 

 

 

 

De nombreux indicateurs de sécurité alimentaire ont été examinés dans l’étude : le Score de Diversité Alimentaire des Ménages (SDAM) ; le Score de Consommation Alimentaire (SCA) ; l’échelle de l’accès déterminant l’insécurité alimentaire des ménages (HFIAS). Pour mesurer l’accès aux produits alimentaires à partir de la production propre à un ménage et des revenus générés par l’agriculture pour ce même ménage, les auteurs utilisent la valeur de production de toutes les cultures comme variable proxy. Pour mesurer la productivité des terres, ils utilisent la valeur du rendement par hectare de diverses cultures. Pour déterminer l’accès aux services de diffusion des informations et des conseils agricoles, une variable muette est utilisée pour savoir si une personne dans le ménage a reçu des conseils sur la production agricole ou la commercialisation au cours des 12 derniers mois et des deux dernières années.

L’étude montre que les ménages comportant uniquement des femmes adultes présentent généralement une plus faible sécurité alimentaire, selon les mesures HFIAS ; cependant, la sécurité alimentaire de ces ménages n’est pas statistiquement différente lorsqu’elle est mesurée par le SDAM ou le SCA. En fait, les ménages comportant uniquement des hommes adultes présentent des SDAM et des SCA plus faibles que les autres types de ménages. Les ménages dirigés par des hommes uniquement sont moins susceptibles de consommer des racines et des tubercules, des légumineuses et des noix, et des légumes ; selon les auteurs, cela provient probablement du fait que la préparation de ces aliments est généralement considérée comme le rôle de la femme et, de ce fait, les hommes sont généralement moins conscients de l’importance de diversifier les groupes d’aliments consommés et sont moins informés sur la préparation des aliments nutritifs. Ces conclusions soulignent l’importance d’inclure les hommes dans les programmes d’éducation à la nutrition plutôt que de cibler spécifiquement les femmes avec de tels programmes.

En termes d’accès à l’information sur l’agriculture et la nutrition, les auteurs parviennent à plusieurs conclusions intéressantes. Premièrement, dans les ménages comprenant à la fois des hommes et des femmes, ce sont souvent les femmes qui sont responsables de suivre les sessions de formation et d’éducation fournies par les services de diffusion. Alors que l’on pourrait s’attendre à ce que la formation et l’information participent à l’autonomisation des femmes, les données qualitatives générées par l’étude montrent que cette responsabilité peut en réalité représenter une difficulté pour les femmes en empiétant sur leur temps de travail. Pour résoudre ce problème, les auteurs recommandent d’exploiter des méthodes de diffusion des informations plus efficaces en termes de coûts et de temps – par ex. les messages transmis par radio et par téléphone mobile – et de faire en sorte que le lieu et l’heure des formations et des réunions prennent en considération les autres activités des ménages, telles que les tâches domestiques et les soins apportés aux enfants.

Même lorsque les femmes suivent les formations ou les sessions d’information, elles n’ont pas nécessairement la capacité d’adopter les méthodes et pratiques qu’elles ont apprises. Les hommes et les femmes ont rapporté qu’il leur est plutôt difficile de partager et d’appliquer les informations reçues à partir des services de diffusion lorsqu’un seul membre adulte du ménage suit les formations. Si une femme adulte dans le ménage suit une session de formation et fait un rapport, l’homme adulte ne croira pas forcément ce qu’elle dit, et vice versa. Ainsi, pour les ménages composés de deux adultes, un accès conjoint à l’information et la formation semble être une voie importante pour l’adoption des stratégies améliorées de production agricole et de nutrition.

Bien qu’une grande partie de la littérature récente soit axée sur les politiques de sécurité alimentaire et nutritionnelle sensibles au genre, cette étude suggère que les interventions, en particulier les politiques de nutrition, peuvent être encore plus efficaces si elles proposent des conseils et des informations à la fois aux hommes et aux femmes, afin que la responsabilité de la sécurité alimentaire et de la nutrition du ménage soit partagée.

 

Photo credit:Mitchell Maher / International Food Policy Institute