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Evolution des chaînes de valeur du café

Les marchés internationaux du café changent rapidement en raison de la libéralisation du marché, des normes de qualité et de sécurité de plus en plus strictes, et du développement des marchés de café spécialisés. La production de café se fait principalement dans les pays en développement et de tels changements pourraient avoir des impacts significatifs sur les petits producteurs de café. En Afrique sub-saharienne, l’Ethiopie représente le plus grand acteur du marché du café, et le secteur du café national a connu une meilleure productivité et une augmentation des prix au cours des dernières années. Cependant, selon une étude récente [1] de l’IFPRI, l’Institut Ethiopien de Recherche pour le Développement (EDRI), et l’Université de Bonn, une série de défis a ralenti cette transformation pour les petits agriculteurs, qui représentent 95 pour cent des producteurs de café du pays.

Pour résoudre les problèmes complexes qui sont en jeu, l’étude pose trois questions : 1) Quels sont les changements dans les pratiques de la production de café et comment ces pratiques ont-elles influencé la productivité du café ? 2) Comment les activités de récolte, post-récolte, vente et transformation, influencent-elles la qualité et les prix ? 3) Quel est le rôle joué par les facteurs favorables et défavorables au changement et à la transformation au niveau du producteur de café dans le processus de transformation ?

Les auteurs ont utilisé une enquête de grande envergure sur les producteurs et transformateurs de café, la première en son genre. Ils ont interrogé 1.600 producteurs de café dans les 12 zones les plus productives du pays en 2014. L’étude a également utilisé une base de données des transactions des exportations de café pour la période 2006-2013, conservée par le Ministère du Commerce.

L’étude a mis en lumière une augmentation significative de l’adoption des bonnes pratiques en termes de production, de récolte et de transformation par les producteurs et transformateurs de café en Ethiopie. Ces pratiques incluent l’utilisation du compost, le paillage, l’élagage, le désherbage et l’utilisation de moulins humides. L’utilisation de ces technologies et pratiques améliorées est associée à une plus grande productivité et de meilleurs prix pour les producteurs.

Les auteurs soutiennent que ces changements ont été suscités principalement par un meilleur accès aux services de vulgarisation agricole, une réforme des politiques locales et des incitations provenant du marché international. Dix ans avant l’enquête, 11 pour cent des agriculteurs déclaraient que les agents de vulgarisation étaient faciles à joindre, par rapport à 46 pour cent des agriculteurs au moment de l’enquête. De même, la qualité des services de vulgarisation semble s’être améliorée au cours de la dernière décennie, avec 48 pour cent des agriculteurs ayant déclaré que la qualité des services de vulgarisation était très bonne en 2014, par rapport à 14 pour cent dix ans plus tôt.

L’établissement de centres de commercialisation primaire a également entraîné des changements importants dans le système de commercialisation local du café. Selon les auteurs, ces centres ont aidé à améliorer la concurrence et la transparence des prix et à réduire les coûts de transaction pour les agriculteurs. Cependant, certains transformateurs pensent que les centres de commercialisation primaire ont en fait réduit la qualité du café disponible, en partie à cause de l’augmentation du temps passé au stockage et de l’augmentation de la concurrence entre les agriculteurs.

Les prix mondiaux du café ont grimpé en 2011, atteignant presque cinq fois leurs niveaux de 2001. D’après cette étude, les prix des producteurs en Ethiopie ont suivi les tendances mondiales au cours des dernières années, et ces prix élevés ont encouragé les agriculteurs à investir dans la production de café et à adopter des techniques de production améliorées.

Cependant, les résultats montrent aussi que malgré une certaine amélioration, l’adoption des techniques améliorées reste faible. De plus, la productivité du café et la part des revenus des agriculteurs par rapport au prix final à l’exportation reste faible en comparaison avec les normes internationales. Ces défis proviennent d’un certain nombre de facteurs.

De nombreux petits exploitants agricoles n’ont toujours pas accès aux semences, ou ne peuvent pas payer les plants de café, même lorsqu’ils sont fournis par le Bureau de l’Agriculture. De plus, de nombreux agriculteurs n’ont pas encore perçu la rentabilité des nouvelles techniques de production et de la transformation. Les chocs climatiques et les maladies représentent aussi un défi pour la transformation de la production de café des petits agriculteurs, et ces défis ne peuvent qu’augmenter face au changement climatique.

Un autre obstacle important au développement du secteur du café en Ethiopie est le manque (ou le manque perçu) de récompenses pour un produit de meilleure qualité. Malgré la création de la Bourse des Marchandises d’Ethiopie (ECX) en 2008, qui vise à créer des normes transparentes pour la qualité et le prix du café, 90 pour cent des agriculteurs interrogés ont déclaré qu’aucune majoration des prix n’est prévue pour un café de meilleure qualité. De plus, de nombreux agriculteurs (82 pour cent) n’ont toujours pas accès aux informations sur les prix provenant de l’ECX, ce qui limite l’impact de la bourse sur les agriculteurs.

Il existe aussi un manque de traçabilité tout au long de la chaîne de valeur du café éthiopien. Les acheteurs privés, les exploitations agricoles de l’Etat et les coopératives agricoles ont le droit de vendre directement aux acheteurs internationaux ; cependant, les acheteurs et exportateurs doivent vendre leur café à travers l’ECX, qui a des exigences d’anonymat. Ce manque de traçabilité semble impacter les primes reçues par les acheteurs qui vendent à travers l’ECX ; le document montre que l’écart entre les primes que reçoivent les coopératives et celles que reçoivent les vendeurs privés a augmenté après l’introduction de l’EXC, de 9 pour cent à 18 pour cent.

Les auteurs suggèrent plusieurs moyens de surmonter tous ces obstacles et de continuer à améliorer la chaîne de valeur du café en Ethiopie. Etant donné que pour de nombreux agriculteurs il est difficile d’améliorer les variétés des plants et autres nouvelles technologies, un meilleur accès aux institutions d’épargne ou aux options alternatives à l’épargne pourrait mener à une plus grande adoption des pratiques améliorées. Les auteurs suggèrent aussi que l’amélioration de la transparence et l’augmentation de l’accès aux mécanismes d’intégration verticale le long de la chaîne de valeur pourraient aider à augmenter les récompenses pour un café de meilleure qualité, ce qui pourrait stimuler les investissements et aider à transformer la production des petits producteurs.

[1] Minten, Bart, Mekdim Dereje, Ermias Engida, et Tadesse Kuma. 2017. « Coffee Value Chains on the Move: Evidence in Ethiopia ». Politique alimentaire . Article de presse. Disponible ici : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0306919217306152 .