Vulnérabilité face à la sécheresse et aux chocs des prix des denrées alimentaires en l’Ethiopie
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La vulnérabilité face à la pauvreté – c’est-à-dire le risque de tomber dans la pauvreté dans le futur – reste un défi dans les pays en développement, pour les chercheurs comme pour les décideurs politiques. Bien que la réduction de la vulnérabilité des populations face aux chocs qui pourraient les entraîner dans la pauvreté représente clairement une étape importante dans l’amélioration du bien-être, la mesure et la quantification de la vulnérabilité est complexe et se trouve souvent compliquée par un manque de données précises. Un récent document publié dans la revue World Development tente de quantifier et d’investiguer les causes de la vulnérabilité à la pauvreté en Ethiopie, en étudiant particulièrement les chocs climatiques et les augmentations brutales des prix. En comprenant la vulnérabilité des populations face à de tels chocs, les décideurs politiques peuvent être plus à même de mettre en œuvre et de cibler les politiques appropriées pour réduire cette vulnérabilité.

L’Ethiopie fournit une bonne étude de cas pour une approche sur la vulnérabilité. L’économie éthiopienne est encore largement composée par l’agriculture pluviale, et la vulnérabilité face aux chocs climatiques reste plutôt élevée. Bien que la sécheresse ait été moins prévalente au cours des dix dernières années que dans les décennies précédentes, le risque climatique sous-jacent de l’Ethiopie reste le même et pourrait empirer avec le changement climatique, selon les auteurs de l’étude.

De plus, alors que le niveau de pauvreté de l’Ethiopie a baissé au cours de la dernière décennie en raison des bonnes récoltes et d’une croissance économique positive, de nombreux éthiopiens qui aujourd’hui vivent juste au-dessus du seuil de pauvreté sont susceptibles de retomber dans la pauvreté si les conditions changent (notamment, face à la sécheresse ou à l’inflation des prix des aliments). Le pays a également souffert d’une inflation des prix des denrées alimentaires au cours des dernières années ; une expérience, qui, d’après les auteurs, peut servir à d’autres pays à faibles revenus et avec une population urbaine croissante qui sont affectés de manière similaire par les prix élevés des aliments et par l’inflation.

La méthodologie utilisée dans l’étude combine plusieurs nouvelles idées pour estimer l’impact des chocs causés par les précipitations et les prix sur le bien-être. L’étude utilise spécifiquement des données intersectorielles et combine ces estimations avec des données à long terme sur les précipitations et les prix des aliments pour générer des estimations de la vulnérabilité des ménages dans les zones rurales et urbaines. Les auteurs ont utilisé des données représentatives au niveau national et des données sur le climat et sur les prix pour estimer l’impact des chocs climatiques et des chocs des prix sur la consommation des ménages.

Le document quantifie l’impact de la sécheresse et de l’inflation des prix sur le bien-être au niveau national. Selon les auteurs, un aperçu de la pauvreté sur un an, tel que celui fourni dans les enquêtes de consommation nationale, ne reflète pas la relative vulnérabilité des différents groupes de la population. Ainsi, tenir compte des chocs co-variables permet une compréhension des différences en termes de bien-être à travers les groupes, par rapport aux mesures de la pauvreté à un point précis dans le temps. Ceci peut aider lors de la conception des programmes ciblant la pauvreté au niveau national.

Une autre considération à prendre en compte en mesurant les impacts du bien-être est que la sécheresse et l’inflation ne coïncident pas toujours. L’étude montre que la vulnérabilité à la pauvreté dans les zones rurales (42 pour cent) est bien plus élevée que les taux de pauvreté globale dans ces mêmes zones (30 pour cent). Dans les zones urbaines, la vulnérabilité à la pauvreté est de 5 pour cent inférieure aux niveaux de pauvreté actuels. L’explication à cela, selon les auteurs, est qu’au moment où les données ont été collectées, les zones rurales ont connu une bonne saison agricole sans aucune sécheresse, alors que les zones urbaines connaissaient des taux d’inflation plus élevés des prix des denrées alimentaires.

Les conclusions montrent que les chocs ont un impact significatif sur la consommation des ménages en Ethiopie ; les précipitations de plus en plus faibles et les prix élevés des aliments en sont les plus importants facteurs. Les ménages urbains non instruits sont les plus affectés par l’inflation des prix, alors que les familles rurales non couvertes par le Programme National de Filets Sociaux (PSNP) souffrent le plus des pertes pluviométriques.

Bien que de nombreux ménages ruraux vivant au seuil de pauvreté bénéficient des programmes ciblés tels que le PSNP, ceux qui sont susceptibles de tomber dans la pauvreté lors des chocs ne sont souvent pas éligibles pour de tels programmes car ils vivent normalement au-dessus du seuil de pauvreté. Ceci souligne l’importance de chercher d’autres outils de gestion des risques pour les populations rurales, tels que l’assurance agricole (déjà piloté dans certains sites en Ethiopie). Les auteurs appellent aussi à des recherches supplémentaires sur les filets sociaux en zones urbaines afin d’aider les ménages urbains à se protéger face aux chocs des prix des denrées alimentaires.

Les résultats de l’étude soulignent le besoin de prendre des précautions en utilisant un cliché de la pauvreté pour cibler les programmes du Gouvernement ; en effet, les taux sous-jacents de vulnérabilité peuvent être différents du taux de pauvreté capturé à un moment précis et pour un seul secteur de la population. Une collecte plus fréquente des données sur la pauvreté et l’utilisation de l’analyse de vulnérabilité peuvent aider à remédier à ces problèmes et pourraient aider à aboutir à des politiques nationales plus solides pour lutter contre la pauvreté et la vulnérabilité face à la pauvreté.

Photo credit:Ryan Kilpatrick