Les femmes et les cultures de rente
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L’égalité des genres joue un rôle central dans la sécurité alimentaire, la réduction de la pauvreté et le développement global. Dans une nouvelle note de projet, un projet en cours de la Division Marchés, Commerce et Institutions de l’IFPRI étudie la question de savoir comment les femmes en Afrique peuvent être mieux intégrées dans les marchés émergents de production de cultures commerciales de grande valeur.

De plus en plus de petits agriculteurs des pays en développement se sont tournés vers la production de cultures commerciales de grande valeur. Il a été prouvé que cette culture de rente augmente le revenu du ménage. Toutefois, ce sont majoritairement les hommes qui contrôlent ce nouveau revenu. En outre, bien que les femmes fournissent de la main-d’œuvre pour les cultures commerciales, les hommes exécutent souvent toutes les activités liées au marché.  

Ce déséquilibre peut avoir plusieurs répercussions négatives. Les femmes peuvent être moins enclines à contribuer à la productivité agricole si elles n’ont pas leur mot à dire sur les revenus générés par ce travail. Les chercheurs ont également constaté que les hommes sont moins susceptibles de dépenser de l’argent pour la sécurité alimentaire, la nutrition et la santé des ménages.

Le projet Farm and Family Balance (Exploitation agricole et équilibre familial) a testé deux approches pour améliorer l’intégration des femmes et augmenter le rendement des chaînes de valeur des cultures commerciales en Ouganda. Le projet s’est associé à Kakira Sugar Limited (KSL), la plus grande entreprise de transformation de la canne à sucre en Ouganda, et à environ 2.400 ménages de petits exploitants qui vendent de la canne à sucre à ce transformateur. Cette entreprise ne dispose pas d’une politique spécifique en matière de genre, et la grande majorité de ses contrats sont signés avec des hommes.

Les ménages concernés par les interventions ont participé à une enquête de base dans laquelle le mari et la femme ont été interrogés séparément sur la structure démographique des ménages et sur l’agriculture, y compris les apports en main-d’œuvre et hors main-d’œuvre, l’emploi et le revenu non agricole, les actifs, l’épargne, la santé et la nutrition des enfants, l’autonomisation des femmes. Les ménages ont ensuite été choisis au hasard pour recevoir une, les deux, ou aucune des interventions du projet.

La première intervention consistait en un atelier sur la vision que le couple a de la famille ; l’atelier a été axé sur la coopération entre les conjoints, la prise en compte de la dimension genre et la participation des femmes à la production des cultures commerciales. La deuxième intervention a encouragé les hommes chefs de ménage à transférer un contrat de canne à sucre existant à leurs épouses ou à autoriser leurs épouses à signer un nouveau contrat à leur nom. Les femmes qui détiennent des contrats à leur nom sont plus impliquées dans les activités de marché et les décisions de production. Elles peuvent également recevoir des intrants agricoles à crédit et recevoir directement des avances de fonds et des paiements finaux de la part du transformateur de canne à sucre.

L’équipe du projet a constaté que l’atelier a suscité un grand intérêt parmi les ménages. Soixante-quatorze pour cent des couples invités ont assisté à au moins deux jours d’atelier sur trois.

 

 

 

L’idée de contrat proposée par l’intervention a également été très bien accueillie. Soixante-dix-huit pour cent des ménages ont initialement accepté le transfert d’un contrat existant ou la signature d’un nouveau contrat au nom de l’épouse. Au final, 71 pour cent des ménages qui ont bénéficié de l’intervention ont mené à terme les démarches du processus de transfert et de signature de contrat. Sur ces 71%, 83% ont signé un nouveau contrat, 18% ont transféré un contrat existant, et 5% ont signé ou transféré plus d’un contrat au nom de l’épouse. L’idée de contrat a été plus largement adoptée parmi les ménages ayant participé également à l’atelier que parmi ceux qui n’y ont pas participé (74% contre 68%).

À la suite des interventions, le nombre de femmes titulaires d’un contrat dans l’échantillon a considérablement augmenté. De plus, étant donné que la signature d’un contrat nécessite un compte bancaire, les interventions ont également augmenté le nombre de femmes ayant des comptes bancaires.

Ces premiers résultats suggèrent que le modèle d’intervention et les ateliers axés sur les couples pourraient être des approches efficaces pour augmenter l’égalité des sexes et la productivité agricole parmi les petits agriculteurs.  

 

Photo credit:Arnau Ribera