Croissance de la mécanisation agricole
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Le 10 juillet, des experts agricoles d’Afrique, d’Europe et d’Asie se sont rencontrés à Lilongwe, au Malawi, pour la dernière réunion du Forum Malabo Montpellier. Le Forum offre une plate-forme pour un dialogue et des échanges éclairés entre les décideurs politiques africains, les politiciens et les leaders de l’agriculture et de la sécurité alimentaire en Afrique. 

Cette première réunion du Forum de l’année 2018 a été axée sur le thème de la mécanisation tout au long de la chaîne de valeur agricole et a lancé le nouveau rapport du Panel Malabo Montpellier (Panel MaMo) intitulé   Mécanisation – Transformer les chaînes de valeur agricoles en Afrique. Ce rapport présente les bonnes pratiques et les enseignements tirés de l’expérience de plusieurs pays africains qui ont réalisé une croissance agricole et un développement économique importants grâce à des efforts systématiques de mécanisation.

Au Burkina Faso, la mécanisation agricole a augmenté de plus de 3% par an entre 2005 et 2014, tandis que la production agricole a augmenté de 3% par an au cours de la même période. Bien que le pays ne soit pas actuellement en mesure de respecter l’engagement de Malabo concernant l’accès aux intrants et aux technologies agricoles, le nouveau rapport du Panel MaMo constate que le gouvernement du Burkina Faso a pris plusieurs engagements forts pour continuer à améliorer la mécanisation agricole.

Par exemple, le Service d’Entretien et de Réparation du Matériel Agricole du Ministère de l’Agriculture propose des ateliers d’entretien et de réparation aux propriétaires de matériel agricole tels que les tracteurs et les motopompes. Ces ateliers permettent également de former les bénéficiaires des services de vulgarisation du gouvernement dans l’utilisation efficace des équipements agricoles. L’éducation et la formation à l’utilisation des machines agricoles sont également offertes par le Centre d’Apprentissage Polyvalent de Matourkou (CAPM), une université agricole qui relève du Ministère de l’Agriculture.

Le gouvernement du Burkina Faso a également subventionné du matériel agricole par le biais de plusieurs programmes, notamment le Projet de Développement de la Mécanisation Agricole et de Soutien au Secteur Hydraulique et le Programme de Renforcement de la Mécanisation Agricole. Ces programmes ont subventionné divers types de machines à des taux allant de 50 à 90 pour cent. Le gouvernement a également investi dans la mécanisation de la transformation agricole, y compris la construction d’installations de transformation pour les produits du karité, les produits laitiers et le manioc. Ces investissements dans la transformation ont été plus particulièrement dirigés vers la création d'opportunités pour les femmes et les jeunes.

La production agricole en Éthiopie a augmenté de plus de 5% par an entre 2005 et 2014, et la croissance annuelle des machines agricoles a augmenté d'environ 3% au cours de la même période. Le pays est actuellement en bonne voie pour respecter l’engagement de Malabo en matière d’accès aux intrants agricoles et à la technologie, avec un solide processus de mécanisation en cours.

L’Agence Ethiopienne de Transformation de l’Agriculture (ATA) a été créée en 2010. Avec le Ministère de l'Agriculture, l’ATA a élaboré la Stratégie de Mécanisation Agricole en 2014 afin de promouvoir la mécanisation agricole tout au long de la chaîne de valeur. Cette stratégie consiste à augmenter la productivité agricole de l’Éthiopie (i) en augmentant de 50% l’utilisation de l’énergie mécanique/électrique dans les exploitations agricoles, (ii) en réduisant de 50% l’utilisation des animaux pour la production agricole, (iii) en promouvant les machines agricoles qui peuvent être plus facilement utilisées par les agricultrices et (iv) en répondant à 50% des besoins de mécanisation des éleveurs et des agriculteurs-éleveurs.

Le secteur public et le secteur privé sont tous deux fortement engagés dans la promotion de la mécanisation agricole en Éthiopie. En particulier, les services d’importation, de location et d’entretien de tracteurs ont joué un rôle clé dans la mécanisation du pays. Près de 70% des agriculteurs utilisant des machines dépendent de ces tracteurs pour labourer leurs terres ; des programmes tels que l’Entreprise de Services de Mécanisation Agricole (AMSE) ont augmenté la disponibilité et l’accès aux tracteurs pour les petits et les grands agriculteurs, contribuant ainsi à accroître la productivité agricole globale. L’adoption des machines pour les activités de traitement post-récolte a également été renforcée grâce à divers programmes, tels que le programme Sasakawa Africa Association/Sasakawa Global 2000 en Éthiopie, qui forme les agriculteurs à l’utilisation de machines post-récolte pour un stockage et une transformation appropriée du riz. Ce programme a encouragé un plus grand nombre d’agriculteurs à cultiver du riz et a réduit les pertes post-récolte dues aux insectes et aux produits chimiques nocifs utilisés pour le stockage.

Le Sénégal a également connu une croissance annuelle de l’utilisation des machines agricoles et de la production agricole d’environ 3% entre 2005 et 2014. Bien que le pays ne soit pas encore en mesure de respecter l’engagement de Malabo concernant l’accès aux intrants et aux technologies agricoles, des engagements forts ont été pris pour encourager une nouvelle mécanisation agricole.

De nombreux organismes gouvernementaux et instituts de recherche nationaux encouragent l’utilisation de la technologie agricole et de pratiques agricoles améliorées. Il s’agit notamment de l’Agence Nationale pour l’Intégration et le Développement Agricole (ANIDA), qui vise à créer des entreprises agro-alimentaires viables et à rendre le secteur agricole attrayant pour les jeunes travailleurs ; et l’Agence Nationale pour le Conseil Agricole et Rural (ANCAR), qui promeut l’innovation technologique agricole, le développement des bonnes pratiques agricoles, et offre une formation et un développement des compétences aux agriculteurs.

Le gouvernement du Sénégal a subventionné le matériel agricole à un taux de 40 pour cent depuis 2008 à travers la Grande Offensive Agricole pour la Nourriture et l’Abondance (GOANA). En outre, le Programme d’Accélération de la Cadence de l’Agriculture Sénégalaise (PRACAS) offre une formation aux agriculteurs, en particulier aux jeunes agriculteurs et aux femmes, ainsi qu’un accès aux financements et à l’équipement adapté aux conditions locales. Le programme subventionne les tracteurs, les motoculteurs et les moissonneuses-batteuses à un taux de 60%. Le gouvernement du Sénégal et ses divers partenaires du secteur privé et du développement continuent de mettre l’accent sur l’accès aux services de mécanisation pour améliorer la production et la transformation, ainsi que la création d’emplois pour les jeunes et les femmes.

La Tanzanie a atteint une croissance annuelle de l’utilisation des machines agricoles légèrement inférieure à 3 pour cent et une croissance de la production agricole de 6,6 pour cent entre 2005 et 2014. Le rapport du Panel MaMo classe la Tanzanie dans la catégorie ‘mécanisation rapide’.

Au début des années 2000, le gouvernement tanzanien et les partenaires au développement ont consacré leurs efforts au renforcement de la formation et des capacités du secteur privé pour augmenter la mécanisation agricole. Le Ministère de l’Agriculture a créé la Division de la Mécanisation Agricole pour faciliter la modernisation des machines agricoles, y compris les sources d’énergie renouvelables et le matériel agricole de conservation. En outre, le Département de la Mécanisation Agricole, créé en 2007-2008, vise à encourager de nouveaux investissements des secteurs privé et public dans l’agro-industrie et la diversification des cultures.

Le gouvernement s’est également fixé l’objectif de travailler sur la recherche et le développement agricoles et sur l’établissement d’un environnement favorable aux petites entreprises afin de stimuler la mécanisation. Par exemple, le Centre pour le Développement et le Transfert de Technologie (CDTT) a cherché à stimuler la conception et le développement de technologies durables adaptées au contexte local. Ce centre a développé, fabriqué et testé de multiples technologies telles que les charrues à moteur et les systèmes hybrides combinant énergie solaire et éolienne.

Sur le plan financier, Equity for Africa Limited a mis en place le programme de l’AELE (Association Européenne de Libre-Echange) pour fournir aux petites entreprises et aux agriculteurs l’accès au financement nécessaire pour emprunter du matériel agricole comme des tracteurs. De même, le Programme de Développement des Moyens de Subsistance en Milieu Rural a collaboré avec le gouvernement tanzanien pour supprimer les taxes à l’importation sur les machines et les pièces de rechange, ce qui a contribué à accroître l’accès des petits agriculteurs aux machines.

Alors que de nombreux petits agriculteurs zambiens dépendent encore des équipements agricoles tirés par des bœufs, le pays a connu une croissance annuelle de plus de 3% de l’utilisation de machines agricoles entre 2005 et 2014. En outre, la production agricole a augmenté d’environ 8,5%. Le Panel MaMo classe la Zambie dans la catégorie ‘mécanisation rapide’.

Depuis les années 2000, le gouvernement de la Zambie s’est concentré sur la réforme agraire pour promouvoir la privatisation et le commerce, ainsi que l’augmentation des investissements, la croissance de la production de cultures d’exportation et la mécanisation agricole. L’Institut Zambien de Recherche Agricole (ZARI) travaille sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture pour fournir aux agriculteurs des technologies et des machines de protection des cultures, du sol et des plantes. Le ZARI travaille également avec des chercheurs, des agents de vulgarisation, des agriculteurs et des organisations partenaires, pour augmenter la mécanisation au niveau des exploitations agricoles et au niveau de l’agro-industrie.

Le secteur privé s’est également efforcé d’encourager la mécanisation agricole en Zambie. Par exemple, NWK Agribusiness vise à fournir aux agriculteurs un accès plus facile aux machines et aux solutions de stockage post-récolte afin de leur permettre de vendre leurs récoltes à des stades ultérieurs et à des prix plus élevés. Grâce à une autre société dénommée Rent to Own (RTO), les petits exploitants peuvent accéder au crédit pour acquérir et rembourser à la fois des actifs (tels que tracteurs et décortiqueuses de maïs) et des prêts, grâce à des échéanciers adaptés à leurs revenus individuels et à leurs besoins en termes d’assistance technique. Cet engagement du secteur privé a joué un rôle clé dans l’augmentation de l’adoption de machines agricoles par la Zambie.

En plus de ces pays, qui sont des pays prioritaires pour le projet du Portail de la Sécurité Alimentaire, le rapport du Panel MaMo couvre également le Bénin, le Ghana, le Malawi, le Mali, le Maroc, le Nigeria et le Rwanda.

Photo credit:Ed Hawkesworth/DFID