La croissance agricole stimulerait la croissance économiquexa
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Cet article est apparu pour la première fois sur AllAfrica.com. Il a été rédigé par Danielle Resnick, Xinshen Diao, Peter Hazell, et Shahidhara Kolavalli.

 

Le Ghana est souvent perçu comme l’un des pays d’Afrique qui a réussi d’un point de vue politique et économique. En effet, il a réussi à conserver une démocratie multipartite, une certaine paix et cohésion sociale, à réduire la pauvreté et à développer sa classe moyenne. Cependant, malgré 30 années de croissance continue du revenu par habitant and une urbanisation rapide, le pays n’a pas réussi à s’industrialiser et une grande partie de la main d’œuvre est coincée dans des emplois traditionnels agricoles ou dans des emplois à faible productivité dans le secteur des services.

Le secteur agricole a le potentiel de générer de nouvelles formes de croissance qui soient durables et équitables, mais les acteurs publiques et privés vont devoir s’ajuster afin d’atteindre cet objectif.

Dans notre nouveau livre, intitulé “Ghana’s Economic and Agricultural Transformation : Past Performance and Future Prospects ", nous intégrons une analyse économique et politique afin d’explorer les challenges et les opportunités que peut offrir la transformation économique du Ghana. 

Nous utilisons des données primaires et secondaires à différentes échelles afin d’examiner la performance économique globale du Ghana depuis le Programme d’Ajustement Structurel des années 1980s et analysons la performance du secteur agricole et de l’économie globale depuis les quatre dernières décennies.

Nos résultats indiquent que l’urbanisation a donné lieu à une augmentation des emplois non agricoles dans les zones rurales, à une réduction de la part des ménages qui dépendent principalement de l’agriculture, et à une plus grande utilisation des technologies d’économie de travail dans l’agriculture, telle la mécanisation. En revanche, l’urbanisation n’a pas induit une plus grande productivité des terres. En effet, la croissance agricole repose principalement sur l’expansion de la zone cultivée – à travers le défrichage de la forêt vierge et la réduction des périodes de jachère – plutôt que sur l’augmentation de la productivité agricole.

Cette tendance concernant la croissance agricole a réduit la compétitivité du Ghana dans ses exportations agricoles autres que le cacao, et face aux importations de riz, de poulet et d’aliments transformés. D’autre part, ce type de croissance n’est pas durable et peut être dangereuse pour l’environnement. En effet, il reste peu de forêt vierge et la réduction des périodes de jachère entraîne des problèmes importants de fertilité des sols qui ont, jusqu’alors, été cachés par l’utilisation croissante de fertilisants non-organiques permettant de compenser la perte en nutriments mais qui n’augmentent pas la productivité.

Dans le futur, le Ghana devra adopter des techniques agricoles plus intenses afin d’augmenter la productivité des terres et du travail. Ceci demandera de nouveaux investissements dans le domaine de l’agriculture, et pas uniquement dans la production de cacao, mais également dans la production d’aliments de base qui a, jusqu’alors, été négligée. Des interventions gouvernementales pourraient réduire les manque de semences, de crédit, d’irrigation, de contrôle de qualité, d’organisations d’agriculteurs et de partenariats public-privé.

Une étude du Cocoa Board (Cocobod) au Ghana indique les zones où ces interventions seraient les plus bénéfiques. Afin que le gouvernement du Ghana exploite le potentiel de la transformation agricole, il devrait déployer de plus amples efforts pour renforcer ses relations avec les entreprises et de cibler les ressources et chaînes de valeur avec les plus grands potentiels de croissance et d’emploi. En définitive, les engagements de long-terme pour transformer le secteur agricole nécessitent une bonne gouvernance, notamment une meilleure capacité gouvernementale à mettre en place, surveiller et évaluer ses interventions.

Avec les bonnes politiques et les bons investissements, le Ghana pourrait augmenter ses exportations agricoles, diminuer ses importations d’aliments, créer de nouveaux emplois productifs ainsi que de nouvelles chaînes de valeur agricoles, améliorer le revenu par habitant, absorber une main d’œuvre grandissante et permettre à un plus grand nombre de travailleurs de sortir des emplois agricoles traditionnels ou peu productifs.

La situation du Ghana est emblématique de la lutte africaine pour un changement structurel durable. Le secteur agricole offre différentes options afin d’améliorer la transformation économique mais la viabilité de ses options doit être soupesée en tenant compte des décisions d’investissements précédentes, des contraintes politiques et économiques, et du système économique global dans lequel le Ghana, et la plupart des pays africains, opèrent.

 

Danielle Resnick est chercheuse senior et Xinshen Diao est directrice adjointe de la Division de Stratégie de Développement et Gouvernance à l’IFPRI ; Peter Hazell et Shashidhara Kolavalli sont des chercheurs indépendants basés aux Etats-Unis.  

Photo credit:Axel Fassio/CIFOR