Impacts durables des projets de développement
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Cet article est apparu pour la première fois sur IFPRI.org. Il a été rédigé par Alan de Brauw.

L’objectif des projets de développement est de mieux comprendre et de trouver des solutions pour améliorer les conditions de vie des gens vivant dans les pays en développement, que ce soit au niveau de l’agriculture, de l’éducation, de la santé ou encore de l’adoption de nouvelles technologies. Cependant, il semblerait que l’attention de ces projets soit portée principalement sur le design et la mise en place des projets plutôt que sur leurs effets à long-terme, ou même, sur leurs effets une fois le projet mené à terme.

Pour rédiger un de nos articles récemment publié, intitulé “Vitamin A Intakes Remain Higher Among Intervention Participants Three Years After a Biofortification Intervention in Mozambique", nous sommes retournés dans les villages concernés par le projet Harvest Plus’s Reaching End Users (REU), trois ans après la fin du projet. Le projet REU proposait aux ménages de ces villages une patate douce orange bio fortifiée afin que ces derniers en fassent pousser, qu’ils la consomment et la vendent. Ce projet a permis d’augmenter l’apport en vitamine A chez les enfants ciblés et chez leurs mères. Le projet REU a pris fin en 2009 de par un manque de financement, donnant lieu à une réduction drastique de la multiplication des tubercules de patate douce bio fortifiée. Le manque de financement de ce projet nous a permis d’identifier ce qui était vraiment resté du projet, et donc ce que les communautés avaient apprises et continuaient de faire de manière indépendante. 

Nous avons appris que :

  • Les enfants entre 6 et 35 mois qui ont participé au projet avaient un apport en vitamine A supérieur à ceux du groupe de contrôle correspondant à environ la moitié de l’apport quotidien en vitamine A recommandé aux Etats-Unis.
  • Ces enfants n’étaient pas nés lorsque le projet a pris fin, donc les messages délivrés grâce au projet REU concernant l’importance de la production de patate douce orange et de ses effets bénéfiques sur les enfants ont été écoutés. De plus, nous avons découvert que certaines personnes demandaient de la patate douce à leurs voisins pour leurs enfants lorsqu’elles n’en produisaient plus d’elles-mêmes.
  • Etant donné que les villages inclus dans le groupe de contrôle ont reçu les tubercules de patate douce mais n’ont pas bénéficié du soutien à la production, il en résulte que le fait d’apprendre aux gens comment cultiver différentes cultures (ou variétés) est primordial afin que ces derniers continuent à produire et à consommer ces produits dans le temps.
  • Enfin, il existe des implications concernant les questions de rentabilité. Lorsque nous avons initialement mesuré le coût par bénéficiaire, nous avons seulement considéré les bénéficiaires du projet. Comment est-ce que des projets pourraient-ils prendre en compte des bénéfices revenant à des personnes qui n’étaient pas initialement inclues dans le cadre du projet ? La nouvelle génération à bénéficier de l’intervention ne peut pas être définie à la fin d’un projet, bien que des bénéfices potentiels existent. Cependant, tous les projets ne vont pas nécessairement donner lieu à des bénéfices aux générations futures. Il est donc important de pouvoir mesurer ces bénéfices futurs afin de comprendre ce qui marche et ce qui ne marche pas.

Il y a beaucoup de choses que nous – chercheurs, donateurs, décideurs politiques et autres parties – pourrions apprendre concernant le travail que nous faisons en effectuant un suivi des projets réussis. Nous pourrions déterminer les effets qui ont duré dans le temps, la manière dont une communauté bénéficie du projet, la manière dont ces bénéfices évoluent, mais nous pourrions également améliorer nos futurs projets.

Alan de Brauw est un chercheur senior dans la Division des Marchés, du Commerce et des Institutions à l’IFPRI. Cet article paraît également sur le blog du CGIAR Research Program on Agriculture for Nutrition and Health (A4NH)

Vous pouvez en apprendre plus sur les résultats de cet article sur Harvest Plus.

L’étude principale a reçu le soutien de Harvest Plus et du International Center for Tropical Agriculture (CIAT). La collecte de données qui a eu lieu en 2012 et le temps d’analyse ont été partiellement financé par la Commission Européenne.

Photo credit:HarvestPlus