Renforcer les capacités de transformation agricole du Rwanda
Share

Cet article a été rédigé par Seth Kwizera, Claude Bizimana, et David J. Spielman.

Le quatrième rapport stratégique pour la transformation agricole du Rwanda (PSTA IV) présente un programme ambitieux afin de changer radicalement le secteur agricole et l’économie rurale du pays. Publié en 2018, ce programme représente un élément clef de la Vision 2050, qui a pour objectif le passage du Rwanda de statut de pays à faible revenu à pays à revenu intermédiaire, tranche supérieure, d’ici 2035 et à pays à revenu élevé d’ici 2050.

Les objectifs du PSTA IV sont clairs, et l’esprit de coopération autour du programme est fort. Cependant, comment le Rwanda peut-il transformer ce programme en actions sur le terrain ? Et à partir de quelles données peut-il façonner ce processus ?

Ces questionnements ont été discutés lors d’un dialogue national politique autour du sujet : « Renforcement des Capacités Productives de Transformation Agricole au Rwanda, Développement Rural, et Sécurité Alimentaire », qui a eu lieu le 26 février 2020 à Kigali, et qui a été organisé par le Réseau Scientifique des Politiques Economiques du Rwanda (EPRN), le Ministère de l’Agriculture et des Ressources Animales (MINAGRI), l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI), et Compact 2025.

Cet évènement a contribué à la Conférence Annuelle de Recherche de l’EPRN de 2019 et a représenté le premier échelon d’une série de discussions du Portail sur la Sécurité Alimentaire de 2020. Il a reçu le soutien de l’Union Européenne et de Compact 2025.

Cette discussion a rassemblé la communauté scientifique sur les questions économiques du Rwanda, le personnel de MINAGRI, les représentants d’autres ministères et agences gouvernementales, des partenaires de développement, des organisations non-gouvernementales, des associations de jeunes, et le secteur privé afin d’étudier certaines problématiques concernant la mise en place du PSTA IV.

Ce dialogue avait pour but de renforcer les liens existant entre les décideurs politiques et la communauté scientifique, avec l’objectif ultime de soutenir les efforts nationaux du Rwanda afin d’améliorer l’alimentation, la sécurité alimentaire, et la résilience des systèmes alimentaires. Plusieurs messages clefs ont émergé de cette discussion.

Premièrement, la communauté scientifique souhaite réaliser plus d’analyses approfondies des tendances et des effets des programmes publics ainsi que de l’investissement privé effectués dans le secteur agricole et dans l’économie rurale. La notion même que le Rwanda effectue une transformation structurelle requiert des preuves, et la communauté scientifique  a un rôle à jouer afin de mettre en avant ces indices de manière rigoureuse et réfléchie.

Deuxièmement, la recherche nécessite l’échange de données et d’informations entre le gouvernement, les chercheurs, le secteur privé et la société civile. La transformation structurelle est à la fois un phénomène touchant l’ensemble de l’économie et une expérience humaine, et les opportunités permettant de comprendre ces deux canaux de transformation requièrent des données, des informations et des analyses fiables.

Troisièmement, la communauté scientifique a la possibilité de centrer son attention sur l’étude des changements des incitations dans le secteur agricole et dans l’économie rurale. Par exemple, les incitations qui encouragent l’investissement privé dans le développement du secteur agroalimentaire telles que les politiques, les règlementations, les services de développement des entreprises, et les systèmes d’information concernant les marchés.

Quatrièmement, le gouvernement rwandais et la communauté scientifique doit trouver un équilibre entre la surveillance des indicateurs de court terme du PSTA IV (par exemple, les variations du nombre d’hectares irrigués ou les kilomètres de route de desserte) et l’évaluation des impacts de long terme (par exemple, les variations de productivité, de revenu, et de bien-être).

Ces messages clefs ont d’importantes implications concernant le type de données et la gamme de méthodes utilisés pour étudier les tendances et les effets de la transformation agricole du Rwanda. De nombreuses opportunités existent pour collecter et rassembler les données de différentes sources et pour augmenter l’utilisation de modèles représentant l’ensemble de l’économie, des essais randomisés, de l’économétrie, d’enquêtes qualitatives, et d’analyses coût-bénéfice et coût-efficacité des programmes mis en place par le gouvernement, les organisations non-gouvernementales, et les entreprises privées sous le PSTA IV.

Dans le monde actuel, il existe trop peu d’opportunités pour les scientifiques, les décisionnaires politiques et industriels, et la société civile de se rencontrer et de partager des idées, des données et des informations. Cet évènement a justement permis un tel échange. Il a donné lieu à la création de nouveaux partenariats afin d’approfondir et d’élargir les analyses politiques ainsi que les capacités de développement du Rwanda. 

 

Seth Kwizera est Coordinateur au Réseau Scientifique des Politiques Economiques du Rwanda. Claude Bizimana est Conseiller Economique au Ministère de l’Agriculture et des Ressources Animales du Rwanda. David J. Spielman est Directeur de Recherche du Département de Développement de la Stratégie et de la Gouvernance de l’IFPRI.

Photo credit:EPRN