Les conflits et les évènements climatiques extrêmes donnent lieu à de graves famines
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Le rapport mondial de 2020 sur les crises alimentaires, paru cette semaine, estime qu’environ 73 million de personnes en Afrique faisaient face à des niveaux de famine et d’insécurité alimentaire élevés en 2019. Le continent comptait 54% du nombre total de personnes dans le monde en situation d’insécurité alimentaire sévère. Avec la diffusion actuelle de la pandémie de COVID-19 dans le monde, les pays en développement de la région verront leur accès à l’alimentation perturbé. Ces perturbations viendront s’ajouter aux problèmes actuels et en créeront potentiellement de nouveaux.

Le rapport mondial sur les crises alimentaires est préparé par 16 organisations mondiales et régionales appartenant au Réseau Mondial contre les Crises Alimentaires, et est publié chaque année par le Réseau d’Information sur la Sécurité Alimentaire (FSIN), dirigé par l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), le Programme Alimentaire Mondial (WFP), et l’IFPRI. Ce rapport présente les dernières estimations de famines sévères dans le monde et au niveau national, ainsi qu’une analyse des déterminants des tendances de famines actuelles, afin d’aider les organisations d’aide humanitaire et les organisations de développement à mieux se coordonner afin d’éradiquer les problèmes à l’origine des crises alimentaires. Les données proviennent principalement de la Classification Intégrée des Phases de Sécurité Alimentaire (IPC) et du Cadre Harmonisé (CH). Le rapport de 2020 se concentre sur l’insécurité alimentaire dans 55 pays vulnérables aux crises alimentaires et présente une analyse détaillée des causes de ces crises alimentaires dans 27 pays.

Les conflits, les évènements climatiques extrêmes et les chocs économiques jouent un rôle important sur l’insécurité alimentaire observée en Afrique en 2019. Les populations de ces pays doivent faire face à deux ou trois de ces facteurs simultanément, aggravant les défis pour fournir une aide humanitaire et pour réduire la famine.

Afrique de l’Est

En Afrique de l’Est, plus de 27 million de personnes dans six pays (Ethiopie, Kenya, Somalie, Soudan du Sud, Soudan et Ouganda) faisaient face à une insécurité alimentaire de phase IPC 3 (crise alimentaire) ou plus. Ce chiffre correspond à 20% des personnes souffrant d’insécurité alimentaire sévère dans le monde ; et a augmenté de 600000 personnes depuis 2018. De plus, 35 million de personnes dans ces six pays souffraient d’insécurité alimentaire de phase IPC 2 (insécurité alimentaire modérée) en 2019, et seraient exposées à un niveau d’insécurité alimentaire encore plus élevé si un choc naturel ou humain venait à se produire.

La sécheresse dans la première moitié de la saison agricole en Afrique de l’Est a diminué la production et a donné lieu à des niveaux de récolte en dessous de la moyenne, en particulier dans la Corne de l’Afrique. La région a ensuite connu d’importantes inondations en octobre, bouleversant d’autant plus les moyens de subsistance des populations et l’accès à la nourriture. De manière générale, les évènements climatiques extrêmes ont donné lieu à une forte insécurité alimentaire pour 13,2 million de personnes en Afrique de l’Est. Les conflits ont été la source d’insécurité alimentaire pour 8,5 million de personnes en plus, notamment au Soudan du Sud et au sein des populations réfugiées en Ouganda, et les chocs économiques ont aggravé la sécurité alimentaire d’environ 5,9 million de personnes, principalement au Soudan.

Afrique du Sud

En Afrique du Sud, plus de 30 million de gens dans 11 pays (Angola, République Démocratique du Congo (RDC), Eswatini, Lesotho, Madagascar, Malawi, Mozambique, Namibie, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe) souffraient d’insécurité alimentaire de phase IPC 3 ou plus, en 2019. Ce chiffre a augmenté de 7 million par rapport au rapport mondial sur les crises alimentaires de 2018, en partie à cause de nouvelles données couvrant trois pays supplémentaires (Angola, Namibie et Tanzanie) et en partie à cause d’une détérioration des conditions dans d’autres parties de la région. De plus, 44,4 million de personnes en Afrique du Sud faisaient face à une insécurité alimentaire de phase IPC 2.

Les conflits représentaient la première cause d’insécurité alimentaire sévère et de famine en Afrique du Sud en 2019, touchant 15,6 million de gens, principalement en RDC. Les combats, qui ont lieu en RDC depuis des dizaine d’années, ont également entravé la sortie de crise d’Ebola ; cette crise sanitaire avait réduit la production agricole, les revenus des ménages et leur accès à l’alimentation. Les personnes déplacées en RDC, à la fois au sein du territoire et les réfugiés, ont fait face au niveau d’insécurité alimentaire le plus élevé en 2019, augmentant grandement le besoin de la région en aide humanitaire.

L’Afrique du Sud a également dû faire face à des évènements climatiques extrêmes en 2019 qui ont généré une insécurité alimentaire sévère pour environ 11,2 million de personnes. Des sécheresse importantes, suivies par deux cyclones majeurs, ont résulté en une perte de centaines de milliers d’hectare de récolte et ont sévèrement amoindri les conditions d’élevage de bétail. Les chocs économiques ont engendré une insécurité alimentaire pour 3,6 million de personnes, principalement au Zimbabwe, qui a été touché à la fois par des précipitations en dessous de la moyenne et des perturbations économiques, telles que de l’hyperinflation et une pénurie de devises étrangères en 2019. La pauvreté extrême dans le pays a augmenté de 29% en 2018 à 34% en 2019.

Afrique de l’Ouest

En Afrique de l’Ouest et au Sahel, environ 12,3 million de personnes dans 15 pays (Burkina Faso, Cap-Vert, Cameroun, Chad, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Mauritanie, Niger, Nigéria, Sénégal, et Sierra Léone) étaient en situation d’insécurité alimentaire de phase IPC 3 ou plus, en 2019. Le nord du Nigéria, le Cameroun, le Niger et le Burkina Faso ont été les pays les plus touchés. De plus, 48 million de personnes étaient touchées par une insécurité alimentaire de phase IPC2, et se retrouvaient donc à risque de tomber dans une situation d’insécurité alimentaire encore plus importante si d’autres chocs venaient à se produire.  

Les conflits représentaient le facteur le plus important d’insécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest et au Sahel, touchant 10,3 million de personnes, principalement au Burkina Faso, au Cameroun, au Chad, au Mali, au Niger et au nord du Nigéria. Les affrontements constants ont donné lieu à des déplacements massifs de population, avec 4,4 million de gens déplacés au sein du territoire et 1,2 million de personnes réfugiées. De plus, les combats ont forcé plusieurs services sociaux de base à suspendre leurs activités, ont interrompu le fonctionnement des marchés et les échanges, ont réduit l’accès aux champs et aux espaces de pâture – ce qui s’est traduit en une réduction importante de la production alimentaire et a créé des problèmes liés à sa disponibilité et à son accès.

Les chocs climatiques extrêmes ont donné lieu à une insécurité alimentaire conséquente pour 1,6 million de personnes en Afrique de l’Ouest et au Sahel. La région a fait face à la fois à des inondations majeures et à des manques de précipitations durant l’année 2019, réduisant la production agricole et l’élevage de bétail, et causant d’importantes pertes de moyens de subsistance et d’offre alimentaire. Les chocs économiques ont impacté un nombre plus faible de personnes dans cette région (0,4 million) mais contribuent tout de même à l’insécurité alimentaire en Libéria, en Sierra Léone, au Nigéria et en Gambie.

COVID-19 et perspectives pour 2020

Etant donné que les données et l’analyse initiale présentées dans ce rapport ne prenaient pas en compte la pandémie actuelle de COVID-19, les auteurs ont fourni, après publication, une analyse des conséquences de cette crise sanitaire mondiale sur la sécurité alimentaire en 2020 et au-delà. Suite au déclin continu des économies aux niveaux national et mondial dû à la pandémie, les opportunités d’emploi et les revenus des ménages vont probablement diminuer, en particulier dans les régions en développement, telle que l’Afrique. Les perturbations des chaînes de valeur alimentaires vont surement donner lieu à une augmentation des prix et à une réduction de la disponibilité des produits alimentaires, en particulier pour les populations déjà à risque. Les besoins humanitaires devraient augmenter dans le monde entier mais les budgets nationaux réduits vont rendre ces besoins plus durs à combler. 

Au vu des défis existants et nouveaux concernant la sécurité alimentaire, le rapport requiert en urgence une action coordonnée afin d’améliorer la réponse sanitaire publique et les efforts faits pour protéger et renforcer les chaînes de valeur alimentaires globales, régionales et locales.  Ceci inclut le renforcement des filets de sécurité sociale afin de protéger les populations les plus vulnérables aux chocs naturels et humains, ainsi que l’incitation à la coopération entre les gouvernements pour éviter les restrictions commerciales qui réduiraient d’autant plus l’activité économique. De plus, les efforts pour obtenir un contrôle constant et en temps réel ainsi que des données sont cruciaux pour comprendre avec précision l’impact du COVID-19 sur la sécurité alimentaire, la faim, la malnutrition et la pauvreté.

 

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Pour lire un communiqué de presse des auteurs du rapport

Pour lire les éléments importants de lutte contre le COVID-19

 

Photo credit:UN Photo/Tobin Jones