La malnutrition au Nigéria provident d’une mauvaise alimentation
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Ces dernières décennies, le nombre de calories disponibles quotidiennement pour un nigérian moyen a considérablement augmenté. Malgré ce progrès, le pays fait toujours face à des niveaux élevés de malnutrition de différents types. D’après un rapport récent, ce phénomène serait causé par un manque de diversité alimentaire et par une faible qualité des produits alimentaires.

Le Nigéria fait face à un problème de malnutrition triple : retard de croissance chez les enfants, anémie (déficience en fer), et surpoids et obésité chez les adultes. En 2018, environ 36,8% des enfants de moins de cinq ans souffraient d’un retard de croissance. Dans les zones urbaines, le pourcentage d’enfants de moins de cinq ans souffrant d’anémie a augmenté de 55,2% à 62% de la population, entre 2010 et 2018. Simultanément, le pourcentage d’adultes nigérians, habitant dans les zones urbaines et rurales, considérés comme en surpoids ou obèse a augmenté. En 2018, les taux d’obésité chez les femmes adultes ont atteint 14,5% dans les zones urbaines et 5,8% dans les zones rurales, alors qu’ils n’étaient que de 9,6% et de 3,6% en 2010.

Les auteurs du rapport indiquent que l’augmentation de la malnutrition proviendrait d’une dépendance excessive aux denrées de base dans l’alimentation nigériane. Que ce soit dans les zones urbaines et rurales et quel que soit leur niveau de revenu, les ménages consomment trop de calories provenant de denrées de base – telles que le manioc, la patate douce, le riz, le maïs, et le sorgho – et trop peu de calories provenant de denrées non essentielles – telles que les fruits et les légumes, les légumineuses, la viande et les produits laitiers. En effet, le pourcentage de calories provenant de denrées non essentielles dans le panier de consommation alimentaire national du Nigéria est inférieur à la moyenne nationale des autres pays en développement du monde entier.

Les experts recommandent que seulement 34% des apports journaliers en calories d’une personne proviennent de denrées de base.  Dans les zones urbaines du Nigéria, 52% des calories ingérées par les ménages à revenu élevé proviennent de denrées essentielles ; ce chiffre atteint 66% pour les ménages à faible revenu. La situation est pire dans les zones rurales où 60% des calories absorbées par les ménages à revenu élevé proviennent de denrées de base et où 76% des calories absorbées par les ménages à revenu faible proviennent de ces denrées. Cette dépendance excessive aux denrées essentielles peut donner lieu à des déficiences en micronutriment, à une réduction du développement physique et cognitif des enfants, et à des maladies non transmissibles (MNT) associées au surpoids et à l’obésité, dont le diabète et des problèmes cardiaques.

De plus, la hausse des revenus semble avoir favoriser les comportements alimentaires peu sains. L’étude montre que dans les zones urbaines et rurales du Nigéria, la hausse des calories consommées ces dernières décennies provient principalement d’une consommation plus importante de produits gras et sucrés. En d’autres termes, les gens ont diversifié leur alimentation grâce à leurs revenus plus élevé et ont inclut des aliments transformés plus chers – et moins bons pour la santé – tels que des desserts et des boissons sucrées dans leur alimentation, au lieu d’augmenter leur consommation d’aliments à forte valeur nutritive tels que les fruits et les légumes.

Que peut faire le gouvernement afin de modifier les comportements alimentaires et de d’orienter la population vers une alimentation plus équilibrée et plus saine ? Le rapport suggère diverses recommandations, dont :

  1. Cibler les interventions qui améliorent l’alimentation plutôt que celles qui réduisent simplement les impacts physiques de la malnutrition, tels que le retard de croissance chez les enfants ;
  2. Créer des politiques et des programmes qui adressent les causes de la malnutrition, telles que la pauvreté, l’insécurité alimentaire, et le manque d’accès à des aliments sains ;
  3. Développer la recherche sur les impacts de l’alimentation et sur le potentiel des programmes agricoles tels que la biofortification et les potagers domestiques ;
  4. Evaluer l’impact de diverses politiques commerciales, telles que les prohibitions sur les importations et les subventions à la production, sur l’alimentation ; et
  5. Adopter un système alimentaire qui se projette au-delà de la production et prend en compte le transport, les échanges, le traitement et la vente d’aliments.

L’étude derrière ce rapport a été réalisée dans le cadre du projet de politique agricole au Nigéria « Feed the Future » animé par le programme de soutien à la stratégie du Nigéria géré par l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI). Ce travail a été réalisé dans le cadre du programme de recherche du CGIAR sur l’Agriculture pour l’Alimentation et la Santé (A4NH).

Photo credit:IITA