L’adaptation au changement climatique au Malawi
Share

Selon la Banque Mondiale, le Malawi fait partie des pays du monde les plus vulnérables face aux impacts négatifs du changement climatique, y compris l’exposition à la sécheresse, les vagues de sécheresse et les inondations. Ces évènements climatiques extrêmes peuvent réduire la production agricole du pays, menaçant les conditions de vie de millions de petits exploitants agricoles et augmentant l’insécurité alimentaire et la pauvreté, spécialement dans les zones rurales.

Ainsi, s’adapter aux évènements climatiques est une priorité importante pour les agriculteurs du Malawi, mais comme le montre un nouvel article dans la revue Food Security, la capacité effective des agriculteurs d’adopter l’agriculture intelligente face au climat et les techniques de gestion est déterminée par une grande variété de facteurs.

Les stratégies d’adaptation aux changements climatiques peuvent inclure toutes les options : de l’ajustement de la période de plantation pour s’adapter aux nouveaux schémas climatiques, l’adoption de variétés de cultures résistantes à la chaleur et à la sécheresse, l’augmentation de l’utilisation de l’irrigation, à l’engagement dans l’agriculture de conservation pour préserver la fertilité des sols. L’article stipule que malgré le soutien croissant du gouvernement malawite pour une agriculture durable et une adaptation au changement climatique, le taux d’adoption des pratiques agricoles améliorées reste très bas ; ceci a mené à la dégradation des terres et à des rendements agricoles stagnants ou même en baisse à travers le pays.

Les auteurs analysent les décisions d’adoption des agriculteurs et les changements subséquents en termes de rendements agricoles, en vue de déterminer 1) quelles pratiques sont véritablement « intelligentes face au climat » dans le contexte du Malawi et 2) comment les capacités des ménages et du secteur d’adopter de nouvelles techniques face au changement climatique ont affecté les stratégies d’adaptation dans le pays. L’étude utilise des données socio-économiques de 7.842 ménages agricoles provenant de la Troisième Enquête Intégrée sur les Ménages de 2010-2011, des données historiques sur les précipitations et les températures provenant de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) et du Centre Européen pour les Prévisions Météorologiques à Moyen Terme (ECMWF) de 1983 à 2012, et des données administratives sur l’accès aux services d’extension, la disponibilité du crédit, la distribution des engrais subventionnés et les dépenses du gouvernement en programmes de filets de sécurité sociale.

L’article est axé sur les cultures intercalaires du maïs avec les légumineuses, sur les stratégies de conservation du sol et de l’eau, sur la plantation d’arbres et sur l’utilisation d’engrais ; ces stratégies sont considérées comme des pratiques intelligentes face au climat et ont pour but principal de réduire les impacts négatifs du changement climatique dans le pays. Un thème secondaire inclut deux stratégies visant principalement à améliorer les rendements agricoles : plantation de variétés améliorées de maïs et utilisation d’engrais biologiques.

L’article parvient à trois conclusions majeures. Tout d’abord, les effets du changement climatique jouent un grand rôle pour déterminer les pratiques agricoles adoptées par les agriculteurs. Les agriculteurs dans les zones de pluviométrie élevée à pluviométrie moyenne et aux températures maximales inférieures utilisent, apparemment, plus d’engrais non biologiques ; alors que les agriculteurs dans les zones où les pluies ont  été retardées et où les températures étaient plus élevées étaient plus enclins à utiliser les pratiques de gestion du sol et des terres telles que l’agriculture de conservation et le contrôle de l’érosion. L’étude a aussi montré que dans des zones où le climat est plus variable, les agriculteurs étaient plus susceptibles d’adopter des pratiques qui réduisent leurs risques, tels que la plantation des arbres et la culture intercalaire du maïs avec les légumineuses, mais étaient moins susceptibles d’utiliser des intrants comme les engrais non biologiques qui étaient considérés comme étant plus risqués ou ayant moins de bénéfices garantis dans des conditions climatiques variables.

La deuxième découverte renvoie aux rendements agricoles. Les auteurs ont découvert que les agriculteurs qui utilisaient une combinaison de pratiques au lieu d’adopter juste une nouvelle pratique avaient des rendements supérieurs. L’adoption d’engrais non biologiques est positivement associée avec une augmentation des rendements, alors que les systèmes de contrôle de l’érosion semblaient impacter négativement les rendements. Les résultats ont aussi montré que des températures maximales moyennes tout au long de la saison de croissance sont fortement liées à la baisse des rendements du maïs. Etant donné que le maïs est une importante culture de base au Malawi, cette découverte suggère que l’adoption de variétés de maïs tolérantes à la chaleur ou un changement vers des cultures de base alternatives seront nécessaires si les températures continuent à augmenter dans le pays.

Troisièmement, une variété de facteurs a impacté l’adoption par les ménages et les communautés des pratiques agricoles intelligentes face au climat. Les ménages plus riches et les ménages propriétaires fonciers se sont montrés plus susceptibles d’adopter les engrais biologiques, la plantation des arbres, la culture intercalaire du maïs avec les légumineuses et les pratiques de conservation du sol et des eaux. Cependant, les ménages qui étaient propriétaires se sont montrés moins susceptibles d’adopter les semences améliorées et les engrais non biologiques que les ménages qui louent les terres. Les auteurs suggèrent que ce résultat pourrait être dû au fait que les agriculteurs propriétaires fonciers investiront plus dans la productivité à long terme de leurs terres, alors que les agriculteurs qui louent se concentrent plus sur les intrants avec des bénéfices à court terme tels que les engrais non biologiques et les semences améliorées.

Au niveau communautaire, les institutions rurales semblent jouer un rôle clé dans les décisions d’adaptation. Par exemple, dans les zones où les fournisseurs de semences et d’engrais sont facilement accessibles, les ménages ont tendance à utiliser plus d’engrais non biologiques et à pratiquer plus la culture intercalaire du maïs avec les légumineuses ; dans les zones où ces fournisseurs ne sont pas accessibles, les agriculteurs utilisent plus d’engrais biologiques et plantent plus d’arbres. L’accès aux services d’extension de l’agriculture montre des résultats également mitigés : une augmentation de l’utilisation de semences améliorées et de la plantation d’arbres, mais une diminution de l’utilisation d’engrais biologiques et de la culture intercalaire du maïs avec les légumineuses.

Globalement, selon cet article, bien que l’adaptation au changement climatique soit essentielle pour la protection du secteur agricole du Malawi, assurer le succès d’une telle adaptation est loin d’être simple. Le pays couvre des zones agro-écologiques très diverses, ce qui signifie que les effets du changement climatique varient considérablement. De plus, les décisions d’adoption des agriculteurs sont influencées par un éventail de facteurs sociaux et économiques. Ainsi, l’article recommande d’encourager une combinaison de pratiques intelligentes face au climat, en adaptant ces pratiques aux besoins et aux conditions au niveau communautaire.

Photo credit:Flickr: Neil Palmer/CIAT