Les interdictions d’exportation font plus de mal que de bien au Malawi
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Les restrictions commerciales telles que les interdictions d’exportation ont été un moyen pour les gouvernements de protéger les approvisionnements alimentaires nationaux, mais la recherche suggère que de telles politiques s’avèrent généralement inefficaces et parfois même nuisibles. Une nouvelle note de politique provenant du Programme de Soutien Stratégique du Malawi examine l’utilisation que fait le Malawi de ces politiques et présente des politiques alternatives qui pourraient aider à mieux répondre aux besoins en termes de sécurité alimentaire et aux objectifs de développement de l’agriculture au niveau national. (Vous pouvez en savoir plus sur les interdictions d’importation en Tanzanie)

Selon le rapport, le Malawi renforce les interdictions d’exportation du maïs de manière constante depuis 2005 afin de protéger la sécurité alimentaire interne ; les interdictions sur les exportations de soja ont été utilisées par intermittence entre 2010 et 2012 afin d’aider les  transformateurs nationaux d’huile végétale en fournissant des intrants à prix réduits. Cependant, ces politiques n’ont pas eu les effets désirés.

Tout d’abord, les interdictions d’exportation du maïs n’ont pas entraîné la baisse des prix du maïs, en comparaison avec les 12 pays voisins. Deuxièmement, pendant la période de vigueur de l’interdiction  des exportations, les prix du maïs national étaient assez élevés en comparaison avec les prix régionaux pour que les ventes de maïs au niveau national soient plus rentables pour les commerçants. En d’autres termes, la politique d’interdiction de l’exportation a été quelque peu redondante.

Troisièmement, le Malawi n’a pas institué les interdictions d’exportation d’une manière stratégique, ce qui a probablement contribué à une grande volatilité des prix nationaux ; à l’exception d’Harare, au Zimbabwe, le Malawi a connu la plus grande volatilité des prix du maïs dans la région entre 2005 et 2015. Le rapport montre que seuls 40 pour cent de cette volatilité peuvent être attribués à la saisonnalité, suggérant que la volatilité des prix résulte en grande partie des facteurs imprévisibles tels que les interventions de politique des gouvernements. A cause de cette incertitude du marché, les petits producteurs et les agriculteurs commerçants hésitent à augmenter la production de maïs ou à commercialiser le maïs. Le rapport montre que 10 pour cent du maïs produit dans le pays est échangé dans le commerce et seuls 12 pour cent des agriculteurs sont des vendeurs nets de maïs. Une étude des décisions de plantations de 15 agriculteurs commerciaux de grande envergure a montré que les interventions imprévisibles du gouvernement, telles que les interdictions d’exportation, ont participé à dissuader ces agriculteurs d’augmenter les investissements dans la production du maïs.

Au niveau de l’économie, le rapport montre que les interdictions d’exportation de maïs ont tendance à bénéficier plus aux consommateurs urbains riches qu’aux ménages urbains plus pauvres et ont tendance pénaliser les ménages ruraux plus que les agriculteurs aisés. Ainsi, les interdictions ne semblent pas aller dans le sens des objectifs du pays, à savoir : la réduction de la pauvreté et l’augmentation de la sécurité alimentaire.

Les interdictions d’exportation du soja semblent également augmenter la volatilité des prix. Entre juin 2010 et septembre 2012, le gouvernement Malawite a imposé puis levé trois interdictions d’exportation successives du soja ; pendant cette période, le prix du soja national était significativement plus élevé et plus volatile que le prix de parité à l’exportation. D’un autre côté, entre octobre 2012 et décembre 2015, il n’y avait pas d’interdiction d’exportation imposée sur le soja. Pendant cette période, le prix interne du soja est globalement resté dans la fourchette du prix de parité import/export et il était beaucoup moins volatile, selon le rapport.

Bien que le secteur du soja joue un rôle trop infime dans l’ensemble du secteur agricole du Malawi pour avoir des impacts à l’échelle de l’économie, les interdictions d’exportation peuvent avoir des impacts significatifs sur le secteur du soja lui-même. Une simulation des effets des interdictions d’exportation sur le secteur montre qu’une interdiction pourrait réduire les revenus nets des producteurs de soja de 56 pour cent en une année. Les marchés imprévisibles du soja ont rendu les agriculteurs malawites plus réticents à diversifier leur production de cultures traditionnelles d’exportation, telles que le tabac et les graines de soja. Ceci signifie que l’offre nationale en graines de soja pour la transformation reste faible, poussant les producteurs d’huile nationaux à dépendre plus des importations que des offres nationales.

Le rapport se termine en soulignant plusieurs politiques qui pourraient s’avérer plus efficaces dans l’atteinte des objectifs du gouvernement d’augmenter la sécurité alimentaire et de développer les secteurs du maïs et du soja. Pour les graines de soja, le rapport suggère que le gouvernement aurait intérêt à simplement poursuivre sa politique des trois dernières années – renoncer aux interdictions en faveur d’échanges commerciaux plus ouverts. Depuis l’abandon des interdictions d’exportation du soja en 2012, les prix du soja sont plus bas et plus stables en moyenne et les terres allouées à la production du soja ont augmenté de 34 pour cent, ce qui signifie plus d’offres nationales pour les producteurs d’huile.

Pour le secteur du maïs, le rapport souligne le besoin de politiques transparentes, prévisibles, pour stabiliser les prix et encourager les investissements dans la production. Bien qu’il ne soit pas absolument nécessaire de lever les interdictions d’exportation du maïs, il convient de définir des critères clairs pour la mise en place de telles interdictions. Par exemple, en fixant un prix national maximum du maïs qui soit acceptable à la fois pour le gouvernement et pour le secteur privé et en permettant les exportations de maïs tant que les prix internes du maïs restent en dessous de ce niveau. Cette stratégie permettra à la fois de surveiller l’augmentation des prix internes pour les consommateurs et d’inciter les agriculteurs et le secteur privé à investir avec plus de confiance dans la production de maïs commercial parce qu’ils ne seront pas pris par surprise par des interdictions ad hoc.

Une telle politique nécessitera une collaboration étroite entre le gouvernement et le secteur privé ; pour accomplir cela, le rapport suggère la création d’une plateforme formelle à travers laquelle le gouvernement et les représentants du secteur privé peuvent se rencontrer régulièrement pour échanger des informations sur les prix, la production et les tendances commerciales. Le rapport appelle aussi à la création d’un outil de suivi du marché du maïs pour surveiller les prix nationaux et internationaux ainsi que les niveaux des stocks nationaux. Un tel outil permettra aux intervenants d’anticiper les pénuries de maïs et les hausses de prix ; et il permettra aux décideurs politiques de mieux comprendre les impacts potentiels des interventions telles que les interdictions.

Les secteurs du maïs et du soja au Malawi ont été en proie à un manque de communication ouverte et un manque de confiance entre les producteurs et le gouvernement, à cause des politiques gouvernementales imprévisibles telles que les interdictions ad hoc d’exportation qui rendent les producteurs réticents à investir dans l’augmentation de la production. Des canaux de communication plus ouverts, des règles de et des politiques commerciales plus transparentes, voilà le premier pas dans l’encouragement de la croissance de ces secteurs pour soutenir à la fois les besoins en sécurité alimentaire du Malawi et son développement agricole commercial.

Photo credit:Flickr: Bill Nichols