Analyse de la chaîne de valeur du blé en Ethiopie
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Le blé jour un rôle prédominant à la fois dans le régime alimentaire et dans l’économie de l’Ethiopie. Selon une recherche menée par l’IFPRI pour l’Agence de Transformation Agricole de l’Ethiopie (ATA), le blé est la quatrième céréale la plus largement cultivée dans le pays (après le teff, le maïs et le sorgho) et il se positionne à la quatrième place (avec le teff) en termes de valeur brute de la production. De plus, le blé et les produits à base de blé constituent 14 pour cent de l’apport calorique total du pays. L’Ethiopie importe également une quantité non négligeable de blé pour la consommation interne – entre 25 et 35 pour cent.

La combinaison de la demande croissante de blé et du coût des importations de blé signifie que l’Ethiopie doit augmenter sa productivité interne de blé et améliorer l’efficacité de son commerce de blé. Dans le cadre de ces efforts, l’ATA a demandé une étude de la chaîne de valeur du blé, de la production à la consommation, afin de déterminer les goulots d’étranglements et les nœuds empêchant une potentielle  amélioration. En utilisant une série de données, y compris les enquêtes, les bases de données statistiques et les entretiens avec des intervenants clés, l’étude examine spécifiquement neuf questions:

  • Quelle proportion de la production de blé est commercialisée par type d’exploitation et par emplacement?
  • Quels sont les itinéraires majeurs vers le marché, des producteurs excédentaires aux consommateurs?
  • Quel est le volume et quelle est la valeur de ces canaux et comment varient-ils selon les saisons?
  • Quelles sont les marges pour les petits producteurs et autres acteurs de la chaîne de valeur ?
  • Quel est le statut de l’infrastructure du marché du blé en termes de stockage, de traitement, de vente en gros et en détail?
  • Quels sont les principaux acteurs du marché dans la commercialisation du blé?
  • Quels sont les principaux défis de l’augmentation des excédents commercialisables et de l’expansion des infrastructures du marché dans la gestion de plus gros volumes?
  • Quels sont les principaux obstacles à la création de marchés régionaux compétitifs et comment devenir plus compétitif sur les marchés internationaux?

L’étude utilise une combinaison d’analyse économétrique, de programmation linéaire, d’analyse spatiale, d’analyse coût-avantage et de systèmes d’information géographique (SIG) et s’intéresse : aux schémas et aux tendances de la production de blé en Ethiopie, au canal de commercialisation interne du blé (y compris le transport, le stockage et le broyage), au rôle du commerce international (spécialement les importations de blé), aux schémas de la consommation du blé et aux avantages, coûts et incidences de la répartitions de l’actuelle politique de subvention du blé en Ethiopie.

L’étude fournit une série de conclusions et quelques recommandations importantes pour les décideurs politiques permettant de faire face aux contraintes et aux opportunités présentées par la chaîne de valeur du blé en Ethiopie (pour tous les résultats, voir la section « Résumé et Recommandations » du rapport complet). Une des conclusions les cruciales concerne les données disponibles sur la production et la consommation de blé en Ethiopie. Selon les auteurs, il existe de grandes divergences entre les estimations de la production et celles de la consommation. Par exemple, le volume estimé de production et d’importations de blé est de 1,6 millions de tonnes supérieur à ce qui est comptabilisé par la consommation humaine, les semences, les aliments pour animaux, les utilisations industrielles et les pertes. De plus, les estimations officielles des rendements sont 15 à 30 pour cent supérieures aux estimations provenant d’autres sources. Ceci suggère que des données plus fiables et une analyse sont nécessaire pour guider l’élaboration des futures politiques ; le rapport souligne que le gouvernement éthiopien devrait investir dans des analyses statistiques supplémentaires pour déterminer la cause de ces écarts de données.

Le rapport montre aussi que moins de 6 pour cent des terres en Ethiopie réservées au blé sont emblavées avec des semences améliorées ; la pénurie de semences améliorées certifiées est un facteur sous-jacent derrière la faible utilisation de variétés améliorées. Plusieurs des variétés de blé les plus utilisées en Ethiopie sont hautement vulnérables face aux maladies telles que la rouille jaune et la rouille brune ; augmenter la disponibilité et l’accès à des variétés améliorées de semences est essentiel pour l’amélioration de la production. Le rapport recommande d’allouer plus de ressources à la recherche et au développement de variétés de blé résistantes à la rouille et à l’expansion du programme national de commercialisation directe des semences, afin de rationaliser un peu plus les chaînes d’approvisionnement et d’aider à améliorer l’accès aux semences pour les agriculteurs les plus éloignés.

La mécanisation agricole nécessite également une augmentation des fonds, étant donné que moins d’un pour cent de la zone de blé en Ethiopie est irriguée et moins d’un pour cent des parcelles de blé sont cultivées avec l’aide d’un tracteur.

Le chiffre de l’utilisation d’engrais dans la production de blé en Ethiopie est plus optimiste : les engrais sont utilisés sur 73 pour cent de la zone de culture de blé. Cela représente une hausse par rapport aux 54 pour cent de 2005. Cependant, bien que le taux d’application des engrais en Ethiopie ait augmenté de 140 kg/hectare au cours des dix dernières années, ceci reste en dessous des niveaux recommandés.

En termes de commercialisation, l’étude a montré que le stockage de semences présente un goulot d’étranglement significatif dans la chaîne de valeur du blé. Le stockage des semences en Ethiopie est réalisé par un ensemble d’agences gouvernementales, agences d’aide humanitaires internationales, négociants privés, coopératives et agriculteurs. Cependant, le stockage par tous ces acteurs est souvent très mal coordonné ; la capacité, la qualité des infrastructures et les habitudes de stockages varient énormément. Ces différentes pratiques peuvent mener à des pertes plus importantes tout au long de la chaîne de valeur du blé ; de plus, le stockage par le gouvernement entraîne d’énormes dépenses de revenus publics qui pourraient être mieux utilisés ailleurs. Selon le rapport, il sera plus rentable pour le gouvernement d’encourager et de surveiller le stockage des semences par les commerçants privés et les coopératives.

Enfin, l’étude montre que le programme de subvention du blé de l’Ethiopie a un impact négatif sur les cultivateurs de blé du pays lorsqu’il implique une baisse du prix du blé. De plus, les avantages pour les consommateurs découlant de cette baisse des prix ne semblent pas compenser les coûts ; pour 100 birr que le programme de subvention coûte au gouvernement et aux agriculteurs du pays, le bénéfice pour les consommateurs n’est que de 84 birr. Les auteurs recommandent de réaliser plus d’efforts pour réduire le coût global du programme et pour améliorer son ciblage des ménages pauvres.

Dans le court terme, ceci pourrait être fait à travers l’élimination progressive des importations de blé et l’apport de blé local subventionné aux meuniers du pays. L’étude a montré que, sur la base des prix de 2014, l’achat du blé pour les meuniers dans le marché interne coûterait bien moins que l’importation de blé à partir des marchés internationaux.

A moyen terme, l’étude suggère que la subvention de blé urbain (qui fournit une farine subventionnée aux boulangeries urbaines) doit être mieux ciblée, afin d’assurer une aide effective aux populations urbaines pauvres. Ceci pourrait inclure l’utilisation d’un ciblage géographique dans lequel seules les boulangeries des quartiers à faibles revenus recevraient de la farine subventionnée ou l’utilisation d’un système de bons que les ménages urbains pauvres pourraient utiliser pour acheter du pain à des prix subventionnés. En ce qui concerne le coût de ces programmes, l’étude montre que ces coûts ne représenterait que 16 pour cent du coût du programme national existant de filet de sécurité productif (PSNP) et seraient plus que compensés par les économies découlant de l’arrêt des subventions du pain pour les ménages urbains à moyen et à faible revenu.

Le rapport complet, les données et les codes sources derrières cette étude sur la chaîne de valeur du blé en Ethiopie peuvent être trouvés sur le site suivant Value Chains Knowledge Clearinghouse website.

Photo credit:Flickr: Trevor Leyenhorst