Impacts du PDDAA sur le développement par l’agriculture en Afrique
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En 2003, les pays membres de l’Union Africaine ont lancé une nouvelle initiative visant à augmenter la sécurité alimentaire et à réduire la pauvreté à travers la croissance et le développement du secteur agricole dans la région. Le Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture en Afrique, ou PDDAA, a établi une cible de 6 pour cent de croissance annuelle moyenne du secteur agricole, ainsi que l’allocation  de 10 pour cent des dépenses annuelles du gouvernement à ce secteur. Le PDDAA a obtenu des accomplissements significatifs dans l’amélioration de l’efficacité et de la transparence de la prise de décision en agriculture dans la région ; cependant, des questions persistent concernant l’impact du programme sur la croissance agricole et économique et sur les résultats de développement.

Un nouveau document de travail d’IFPRI vise à combler cette lacune de connaissances en utilisant des données de panel provenant de 46 pays africain de 2001 à 2004. L’auteur utilise ces données et un modèle d’écart dans les différences entre le traitement et les effets pour estimer l’impact du PDDAA sur les dépenses agricoles, la valeur ajoutée agricole, la productivité des terres et du travail, le revenu (PIB par habitant) et la nutrition (prévalence de la malnutrition chez l’adulte).

Deux définitions de traitement ont été utilisées dans cette étude : i) une variable signifiant si un pays a signé le PDDAA et ii) un niveau signifiant le stade de mise en œuvre atteint par le PDDAA (niveau 0 = pré-PDDAA, niveau 2 = pacte signé, niveau 2 = Plan National d’Investissement Agricole (PNIA) développé, niveau 3 = une source externe de financement atteinte, et niveau 4 = plus d’une source externe de financement atteinte). Le document souligne que le PDDAA est un programme complexe qui a besoin de temps pour la mise en œuvre et dont les effets se matérialisent sur la durée. Ainsi, les effets du traitement du programme devraient théoriquement être plus étendus et plus positifs pour les pays qui ont signé le pacte du PDDAA plus tôt et pour ceux qui ont atteint des niveaux plus élevés de mise en œuvre, selon l’auteur.

L’étude montre que la volonté des pays de mettre en œuvre le PDDAA à des niveaux plus élevés semble être positivement influencée par un certain nombre de facteurs : l’importance de l’agriculture dans l’économie nationale ; la volonté politique du gouvernement représentée par sa volonté antérieure de signer d’autres chartes de l’UA ; le nombre de pays voisins qui mettent actuellement en œuvre le PDDAA ; et la capacité du gouvernement à mettre en œuvre efficacement le programme. D’autre part, il existe un facteur ayant un impact négatif sur la volonté d’un pays de mettre en œuvre le programme : la position de négociation du pays au sein de l’UA (mesurée par les dépenses totales par habitant et la part de l’économie d’un pays dans l’économie globale de l’Afrique). Les pays les plus riches semblent moins susceptibles de mettre en œuvre le programme, probablement parce que ces pays n’ont pas d’autres sources non agricoles sur lesquelles ils pourraient baser leur développement.

En termes de résultats de développement étudiés, l’étude a montré qu’en général, le PDDAA a un impact positif sur la valeur ajoutée agricole et la productivité des terres et du travail. L’impact estimé du programme sur la valeur ajoutée agricole pour les pays qui ont atteint le niveau 4 de mise en œuvre est de 16,7 pour cent ; ce chiffre est de 10,8 pour cent pour les pays de niveau 3, de 7,4 pour cent pour les pays de niveau 2, et de 8,6 pour cent pour les pays de niveau 1.

Pour la productivité des terres et du travail, le PDDAA a eu un impact positif sur les pays qui se situent aux niveaux 1, 3 et 4 de mise en œuvre. Il est intéressant de noter que cette étude a montré que le PDDAA a eu un impact négatif sur les pays de niveau 2 de mise en œuvre (établissement d’un PNIA). Cet effet négatif a un impact spécifique sur le groupe de pays qui ont signé le pacte du PDDAA dans la période de 2007-2009. Cette conclusion semble contredire l’hypothèse antérieure selon laquelle les pays qui ont signé le pacte le plus tôt et ont atteint des niveaux plus élevés de mise en œuvre devraient obtenir plus d’impacts positifs. L’auteur explique la probabilité de ce résultat déconcertant pour la productivité des terres et du travail par le fait qu’il y avait peu de variations dans les données concernant les groupes de pays spécifiques objets de l’étude.

Le PDDAA a démontré également un impact généralement négatif sur les dépenses agricoles. Cet effet est particulièrement significatif sur le plan statistique pour les pays au niveau 4 de mise en œuvre (entre 23 pour cent et 20,1 pour cent). Ceci suggère qu’un effet de substitution existe entre les dépenses du gouvernement pour le secteur agricole et les sources externes de financement du secteur, ce qui serait logique pour les pays de niveau 4, étant donné que ce groupe a accès à deux sources ou plus de financements agricoles externes.

En termes de nutrition, les impacts estimés ne sont généralement pas significatifs. Selon l’auteur, ces résultats montrent que les impacts positifs du programme sur la valeur ajoutée agricole et sur la productivité ne se sont pas encore étendus à l’économie générale. Cependant, les résultats de la nutrition ont révélé un autre constat déroutant. Les pays qui ont signé le pacte du PDDAA en 2007-2009 ont connu une augmentation de la prévalence de la malnutrition chez l’adulte, alors que les pays qui ont signé le PDDAA plus tôt seraient dans une meilleure situation. L’auteur suggère que cette conclusion sur la nutrition pourrait être induite par la qualité et/ou à la quantité des investissements actuels réalisés dans les programmes agricoles intégrant la nutrition, par rapport à l’allocation budgétaire indiquée dans le PNIA du pays. L’auteur appelle à plus de recherches sur le montant réellement investi dans différentes interventions de nutrition des pays du PDDAA.

Globalement, les conclusions du document suggèrent qu’il convient d’améliorer encore développement et le suivi du processus du PDDAA, étant donné que certains groupes de pays ont enregistré des effets positifs du programme alors que d’autres n’ont constaté que peu ou pas d’effets positifs, voire des effets négatifs. Pour soutenir et augmenter les rendements du programme, il faudrait que les pays passent d’une croissance basée sur l’augmentation de la production agricole à une croissance basée sur l’amélioration de la technologie et de la durabilité agricole. De plus, des recherches supplémentaires sont nécessaires sur la manière dont le PDDAA est développé et mis en œuvre au niveau national dans chaque pays, ainsi que la manière dont les pays investissent dans les interventions d’augmentation de la productivité et d’amélioration de la sécurité alimentaire.

Photo credit:IFPRI/Antony Chapoto