Histoires du changement de la nutrition dans l'Afrique
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La série de publications intitulée « Stories of Change in Nutrition » [histoires du changement en nutrition] de l’IFPRI étudie des données probantes provenant de pays très fortement affectés par la malnutrition afin de mieux comprendre comment les politiques de nutrition sont élaborées et mises en œuvre sur le terrain. En Afrique sub-saharienne, la série couvre à ce stade les pays suivants : Ethiopie, Zambie et Sénégal.

Depuis l’an 2000, le gouvernement éthiopien a établi plusieurs programmes clés pour traiter les questions de production agricole, de protection sociale et de sécurité nutritionnelle. Ces programmes sont, entre autre : le Plan de Croissance et de Transformation, le Programme de Filet de Sécurité Productif (PSNP en anglais) et le Programme National de Nutrition (NNP en anglais). Ces programmes se sont avérés payants – les taux de retard de croissance ont chuté de 57 pour cent en 2000 à 40 pour cent en 2014 – et le gouvernement s’est engagé à éliminer la malnutrition infantile d’ici 2030.

La dernière version du PSNP, établie en 2015, fournit un bon exemple de l’approche multisectorielle du gouvernement éthiopien dans le domaine de la nutrition. Le PSNP cible des ménages vulnérables sur le plan nutritionnel ; il accorde une attention particulière aux femmes enceintes et allaitantes, inclut des légumineuses riches en fer dans les transferts d’aliments, promeut des stratégies de subsistances et des travaux publics qui tiennent compte de la nutrition, se rattache au secteur de la santé et surveille de près les dispositions des programmes intégrant un volet nutrition. Une des innovations récentes du programme consiste à inclure une communication sur le changement de comportement alimentaire pour remplacer certains aspects des travaux publics, ce qui signifie que les ménages pourraient recevoir des transferts d’aliments et de cash pour les inciter à participer aux sessions d’éducation à la nutrition.

Malgré les progrès réalisés au niveau national dans le développement de programmes multisectoriels et dans l’intégration des stratégies de nutrition à travers les ministères nationaux, le rapport « Stories of change » souligne que la majorité des travaux qu’il reste à faire en Ethiopie devront être réalisés au niveau local. La capacité des administrations au niveau des woredas de s’adapter et de mettre en œuvre le programme national varie énormément ; et cette capacité est un des facteurs déterminants permettant de savoir si et comment les programmes atteignent les bénéficiaires locaux.

De plus, les communautés locales peuvent estimer qu’elles ont des affaires plus pressantes à traiter, telles que la menace représentée par le changement climatique sur les modes de vie agricoles. Le rapport souligne que l’importance de la nutrition doit être mieux communiquée au niveau local et que les programmes basés sur la nutrition doivent être intégrés dans des programmes existants de réduction de la pauvreté. Cette communication améliorée devrait inclure la formation des agents de vulgarisation de la nutrition afin de mieux aborder les communautés et de surveiller le statut nutritionnel des ménages.

En Zambie, la nutrition est profondément affectée par une série de macro-facteurs, à savoir : les conditions météorologiques de grande envergure comme El Niño, les sécheresses, la fluctuation des prix du cuivre, l’inégalité des revenus généralisée et les changements dans l’industrie alimentaire mondiale. Ces facteurs ont entraîné une dichotomie intéressante dans le statut nutritionnel en Zambie : d’une part, le retard de croissance a baissé d’environ 1 pour cent par an entre 2002 et 2014 (en grande partie grâce aux investissements dans le secteur de la santé et aux améliorations dans les domaines de l’eau et de l’assainissement) ; d’autre part, l’intégration progressive de la Zambie au niveau mondial et sa richesse croissante ont entraîné des changements dans les habitudes alimentaires, à savoir une transition des aliments traditionnels vers des produits plus industrialisés, augmentant ainsi la prévalence des problèmes de surcharge pondérale et de maladies chroniques. Le rapport « Stories of Change » souligne la nécessité de faire face à ce double fardeau d’excès et de carence de l’alimentation.

Au cours des dernières années, le gouvernement zambien a établi plusieurs mesures pour élaborer des programmes cohérents de nutrition au niveau national, en commençant par rejoindre le mouvement SUN en 2010. Cependant, les financements manquent encore pour soutenir ces politiques, de même que les capacités techniques pour les mettre en œuvre à travers tout le pays, selon le rapport. Par exemple, seuls quelques districts et quartiers spécifiques ont été ciblés par la phase pilote du programme « 1000 jours de nutrition » du mouvement SUN visant à améliorer les pratiques alimentaires des enfants pendant l’étape cruciale des 1000 premiers jours de vie. De plus, bien que les financements destinés à la nutrition par les partenaires internationaux au développement aient augmenté de manière exponentielle au cours des dernières années, il n’en va pas de même pour les financements provenant du gouvernement ;  l’allocation budgétaire nationale pour les programmes de nutrition reste plutôt limitée. Ceci peut être en partie attribué à la baisse des prix du cuivre dont dépend le gouvernement zambien pour ses revenus.

Au niveau national, la nutrition en Zambie est sous la tutelle de trois principaux leaders, selon le rapport, à savoir : le gouvernement, les professionnels de la nutrition et la société civile ; ces organisations ont commencé à travailler plus étroitement avec la communauté internationale. Le rapport souligne que les rôles de ces divers intervenants doivent être clairement définis et correctement alignés afin d’augmenter les capacités, d’utiliser adéquatement les fonds, de concevoir et de cibler des programmes efficaces. Enfin, la collecte de données concernant le statut nutritionnel aux niveaux des localités et des ménages doit être significativement améliorée dans le pays, en combinant des facteurs sanitaires et agricoles importants et en couvrant différentes sections de la population.

Le Sénégal a connu un succès particulier en termes de réduction des taux de retard de croissance au cours des dernières années ; selon l’USAID, le retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans a baissé de 27 pour cent à 19 pour cent en seulement trois ans (2010 – 2013). La richesse croissante, l’amélioration des services de santé et de l’éducation des parents, semblent être à l’origine des progrès enregistrés par cet indicateur de nutrition. De plus, au cours des 15 dernières années, la conscience de l’importance de la nutrition a augmenté à travers les multiples secteurs, y compris l’agriculture, la santé et l’éducation. A partir des années 2000, le gouvernement du Sénégal a multiplié ses engagements envers la nutrition, établissant un nouvel organe de coordination de la nutrition au niveau national (la CLM) et lançant un programme national de nutrition (le PRN). Ces initiatives sont axées sur le regroupement des parties prenantes provenant de multiples secteurs et sur l’augmentation de l’engagement et de l’éducation des communautés locales. Le PRN a établi un réseau étendu de volontaires de la santé, les Relais, qui réalisent des dépistages mensuels pour détecter la malnutrition aigüe chez les enfants, transférer les enfants souffrant de malnutrition vers les services de santé appropriés et enseigner aux parents les bases d’une alimentation adéquate pour les enfants. Ces efforts ont amélioré les connaissances des parents sur la nutrition, en particulier en ce qui concerne l’importance de l’allaitement maternel dans les six premiers mois de vie. Des défis subsistent, cependant, en termes de prestation de services dans les zones les plus reculées et en termes de financement inapproprié du programme pour assurer sa durabilité.

Le rapport du Sénégal indique que cette question de financement restera l’obstacle majeur aux améliorations futures des indicateurs de nutrition. Au niveau national, les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’agriculture doivent intégrer la nutrition dans leurs stratégies, ce qui impliquera des augmentations de budget. Au niveau communautaire, les administrations locales devront également augmenter leurs budgets pour intégrer adéquatement les programmes de nutrition dans leurs stratégies de développement ; ceci impliquera d’effectuer un changement dans les services de vulgarisation, à savoir passer des volontaires actuels du PRN à des employés payés, afin d’assurer une prestation durable des services de nutrition à travers le pays.

Photo credit:UNICEF Ethiopia/2011/Getachew